Canalblog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
LE CRI DE LA BERNACHE
LE CRI DE LA BERNACHE
Newsletter
LE CRI DE LA BERNACHE
Archives
6 septembre 2026

UN VERDICT QUI TOMBE DE L'ARBRE

 

La justice à 5 000 euros: champagne pour les uns, cacahuètes pour les autres ?

Sur le chantier de la Villa Salesse, Son Altesse Sérénissime«Crème anti-rides », alias Yves Foulon, maire d’Arcachon, aurait fait monter à la hâte un barnum et un grand parasol afin de remercier comme il se doit son avocat fétiche, BDA, alias Benoît Duclos-Ader, pour la brillante conclusion de son procès face à Vital Baude.

Deux agents municipaux bénévoles ventilent consciencieusement les deux protagonistes, vautrés sur leurs transats.

Alors, mon cher Benoît, j’espère que les bulles de ce Dom Pérignon satisfont pleinement ton bien-être ?

Le champagne est à souhait pour savourer pleinement notre victoire à ce procès.

Rideau.

J’ai toujours été et je serai toujours favorable à la liberté d’expression. Sur le papier, les principes français en la matière me semblent parmi les plus protecteurs au monde.

Mais alors, je me permets de poser une question toute simple: où commence et où s’arrête réellement la protection de la parole lorsqu’il s’agit d’insultes ou de menaces ciblées ?

Le verdict de l’affaire Foulon-Baude me laisse particulièrement perplexe, si ce n'est plus..

5 000 euros d’amende.

À ce tarif-là, certains pourraient presque considérer que quelques poignées de porte pour la Villa Salesse et une petite enveloppe feraient office de dommages et intérêts symboliques. On pourrait même imaginer la scène au prochain conseil municipal. Son Altesse Sérénissime jetant l'enveloppe de cash sur la table de son opposant avec un paquet de cacahuètes

«-Avec toutes mes excuses.»

Et hop, affaire classée. Évidemment, je caricature volontairement mais c’est précisément le problème.

Quand une décision de justice paraît, aux yeux d’une partie du public, déconnectée de la gravité des propos reprochés, elle nourrit forcément l’incompréhension et la défiance. Je ne conteste pas le principe même de la justice. Je conteste la perception qu’une telle décision peut donner.

Et ce qui me choque encore davantage, c’est le silence des hypocrites, de ceux qui semblent se réjouir de cette situation simplement parce que la personne condamnée n’est pas de leur camp.

La liberté d’expression ne devrait pas être une valeur à géométrie variable.
Elle ne devrait pas être formidable lorsqu’elle protège nos propres opinions et soudainement beaucoup moins importante lorsqu’elle protège celles de notre adversaire. Alors je pousse le raisonnement jusqu’à l’absurde.

Imaginons qu’un citoyen mécontent d’une décision municipale se présente devant une propriété et profère à son tour des insultes et des menaces particulièrement graves.

Devrait-on simplement lui répondre :

«-Ce n’est pas bien. Voici votre amende de 5 000 euros. Bonne journée.»

Évidemment que non. La justice n’est pas un forfait illimité permettant de franchir toutes les lignes rouges moyennant le paiement d’une somme d’argent. C’est justement pour cela que le débat mérite mieux que des applaudissements partisans.

Je continuerai donc à défendre la liberté d’expression, y compris lorsqu’elle dérange, provoque ou met mal à l’aise. Mais défendre la liberté d’expression ne signifie pas défendre les menaces ou les violences.

Cela signifie surtout exiger que les mêmes principes s’appliquent à tout le monde, qu’il soit maire, opposant, avocat ou simple citoyen. Sinon, ce n’est plus la liberté d’expression que l’on défend. C’est simplement la liberté des puissants de parler plus fort que les autres.

Et ça, à mes yeux, est autrement plus inquiétant qu’une addition de 5 000 euros et quelques cacahuètes.

 

Commentaires