LE MONSTRE A MORDU

(photo maximilien Lamy/afp)
C'est seulement quelques jours après L'APRÈS que j'ai enfin pu trouver les mots à coucher sur le papier. Rien à faire, je n'y arrivais pas. Une colère noire, froide, toujours présente dans mes tripes, m'empêchait de prendre le moindre recul face à cette catastrophe.
Une catastrophe tellement prévisible, rendue possible par l'inaction des instances et par des décisions promises depuis si longtemps, mais jamais tenues. Les cols blancs ont préféré alourdir la dette en assainissant 200 mètres de la Seine pour les Jeux olympiques plutôt que de financer les Canadair pourtant annoncés.
Dès les premières canicules, un frisson me parcourait l'échine lorsque je rentrais chez moi et que le souffle de l'air brûlant s'engouffrait entre les rangées de pins.
Au moment de l'évacuation, j'étais en déplacement. C'est avec la boule au ventre et à contre-cœur que j'ai accepté la décision de ma femme de prendre la route de l'exode, en emmenant ma mère avec elle, pour rejoindre cette interminable file d'exilés bloqués aux portes du brasier.
Cet éloignement m'a fait comprendre la véritable raison de ma colère.
Le temps des règlements de comptes viendra. Il y aura matière à établir les responsabilités. Alors, j'ouvre le bal.
- Cet incendie n'aurait jamais dû atteindre une telle ampleur si les promesses avaient été tenues.
- La préfète Sophie Brocas a, selon moi, démontré les limites de son action, semblant totalement dépassée par l'ampleur des événements.
- L'État français a failli dans sa mission régalienne, apparaissant hors sol et absent au moment où la situation exigeait une réponse à la hauteur.
- Les chaînes d'information en continu, BFM TV et CNews, ont été lamentables. Entre sensationnalisme, fausses informations, images trompeuses et interviews découpées au montage jusqu'à déformer les propos tenus, tout semblait bon pour maintenir le téléspectateur sous tension afin qu'il continue à consommer de la publicité. Honte à eux.
Pourtant, au milieu de ce malheur, de très belles choses sont apparues.
Face à l'adversité, nous avons montré que nous étions capables de nous unir, de prendre les bonnes décisions et d'agir sans attendre l'autorisation de l'administration. Cette solidarité m'a profondément réchauffé le cœur et a fait reculer, pour un temps, mon côté misanthrope.
Les maires des communes touchées par cet incendie ont été exemplaires dans leur gestion. Petit bémol toutefois pour Philippe de Gonneville, maire de Lège-Cap-Ferret, qui a parfois semblé hésitant, avec quelques décisions que j'ai jugées maladroites.
Et, pour une fois que je ne l'égratigne pas, je tiens à adresser une mention spéciale à Bruno Lafon, maire de Biganos, qui a su tenir tête à Emmanuel Macron et à son entourage. J'espère qu'il poursuivra ce combat avec la même fougue et la même détermination.
Mon WhatsApp a explosé après la publication de cette photo d'illustration, qui a fait le tour de la planète. Même mes amis indiens s'inquiétaient pour moi. Les bâtons d'encens et les offrandes ont probablement rempli les temples.
Cette photo résume parfaitement l'époque que nous vivons. Il n'est pas nécessaire de porter un jugement sur les personnes installées sous le parasol. Il suffit simplement de réfléchir en gardant à l'esprit que cet été sera probablement le plus frais des décennies à venir.
Nous vivons tous cette tragédie avec un ressenti différent. Mais une chose est certaine : nous devrons rester unis pour mettre en œuvre les meilleures décisions afin qu'un tel drame ne se reproduise plus. Surtout, ne laissons pas le temps poser un simple pansement sur des cicatrices qui exigent de véritables réponses.
Pour finir, je voudrais exprimer mon immense gratitude aux pompiers, aux agriculteurs, aux volontaires, aux bénévoles et à toutes celles et tous ceux qui ont contribué à cette lutte acharnée.
Merci à vous.
Continuons à être solidaires envers les sinistrés. Ils ont encore besoin de nous.