LE CRI DE LA BERNACHE

08 mai 2020

DE L'HERBE SUR LES TROTTOIRS

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(Si l'histoire qui va suivre est sortie directement de mon imagination, que les personnages sont fictifs ou très grossièrement détournés, les faits qui m'ont été rapporté par mes voisins et des lecteurs ont été bien réels afin qu'ils puissent être juste brodés dans le récit. L'exercice de la gendarmerie mobile de Maison Alfort sur le nord bassin d'Arcachon pour faire respecter le confinement fut totalement disproportionnée, parfois injuste et souvent absurde alors mieux vaut en rire...)

 

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Matricule Erzan c'est l'heure de la promenade. Le bon de sortie en poche je me décide de descendre ma rue qui mène à la plage. Les herbes hautes qui recouvre les trottoirs donne un côté sauvage ou d'abandon suivant comment on veut les regarder. Les oiseaux manifestent bruyamment leur joie par un concert de chants ininterrompus pendant que j'attends patiemment une hypothétique libération. Peut être se moquent ils de moi? Cette rue je la connais depuis toujours, ce quartier est dans mon ADN pourtant à ce moment précis je ressens comme un malaise et je me surprend à chercher un morceau de vie dans ce calme ambiant. Pierrot est dans son jardin et il tourne comme un lion en cage. Pas un brin d'herbe qui dépasse, les rosiers taillés et le cabanon fraîchement repeint. Il semble chercher une énième occupation qui pourrait lui donner un peu d'air car sa femme a eu la mauvaise idée de faire un AVC en plein confinement. Nicole assise sur un banc sous le tilleul l'observe avec un regard de bienveillance. Elle se remet doucement sans trop de séquelles mais elle se sent terriblement coupable de la double peine qu'elle fait subir à son mari. En me voyant il se précipite pour engager la conversation qui brisera un peu sa routine en discutant de tout et de rien alors je m'efforce de trouver la bonne plaisanterie pour lui remettre la banane aux lèvres. En partant, Nicole lève lentement son bras pour remuer ses petits doigts en guise d'au revoir. En face Samia était penchée sur ses jardinières et ses fesses moulées dans un mini short aurait fait pâlir un moine. Cette pure marseillaise arrivée dans le coin il y a plus d'une vingtaine d'années et qui avait gardé son accent si particulier est une sacré bonne femme. Totalement indépendante elle avait gravit ardemment l'échelle sociale pour devenir une infirmière chef très appréciée dans son service. Au début de la crise elle était partie à Colmar pour épauler ses collègues revenant plombée par le virus qui l'obligea à rester en quarantaine à son domicile.

«-Oh putain Marseille, ne reste pas penchée comme ça ! lui dis je.

-Ah c'est toi !..offre moi donc une cigarette.»

Son visage était très marqué, son corps avait perdu du muscle et il manquait beaucoup de lumière dans ses yeux.

«-Comment vas tu? Tu fumes maintenant?

-Oui depuis mon retour de là bas. Il me fallait une aide. Heureusement après je n'ai pas trop dérouillé. Un peu de toux et une journée de fièvre. Désormais je suis guéri, c'est derrière moi mais rien n'effacera ce que j'ai vu et fait à Colmar. Mais là maintenant, sais tu quelle énorme envie accapare mes neurones?"
 

Oh oui je savais très bien. Samia avait gardé mes enfants en bas âge plusieurs fois. Au fil du temps une amitié solide avait tissé un lien entre nous pour partager ensemble d'exquis moments. Après les apéros à rallonge où les repas très conviviaux sa gouaille pouvait nous débiter des récits jubilatoires de ses nuits aux urgences ou un mélange de sordide,de cocasse, de misère sociale, de surréalisme arrivait à nous faire rire aux éclats. Mais aussi, totalement accroc à l'application Tinder elle pouvait déballer ses frasques sexuelles sans aucune pudeur, sans filtres et avec toutes les exagérations méditerranéennes.

« -Un bon gars bien vicieux qui me régalera toute la nuit.

-Désolé Samia, ce n'est pas pour moi car je ne tiendrais pas toute une nuit.

-Fais attention si tu vas vers la plage. Les flics sont sur les dents. Ils jouent aux cow-boys en alignant tous les résidents locaux. Hier j'ai voulu donner des magazines à Nicole. Je sors de chez moi, traverse la rue pour poser la poche derrière le portail quand deux gendarmes déboulent fissa sur leur VTT. Pas ceux d'ici, non, des craignos tout en noir de maison Alfort. Le plus vieux des deux me demande l'attestation de déplacement. Je lui explique que j'habite là et que je posais juste de la lecture à ma voisine. Il me répond que je suis dans l'illégalité et qu'il allait me verbaliser. Je l'ai regardé droit dans les yeux et j'ai vu de suite que j'avais affaire à un gros con qui voulait faire du zèle devant la jeune recrue et qu'il allait en profiter pour humilier la beurette que je suis en bon facho qu'il était. Et voilà que cet abruti me déblatère sa morale à deux balles sur les gestes barrières,sur le bon civisme à adopter en temps de pandémie et tout un tas de conneries. Le pire c'est qu'il frétillait ce con, fier de son discours devant le jeunot alors croyant enfoncer le clou il me balance

 « Madame, que feriez vous si l’hôpital vous téléphone pour vous demander de choisir la personne à entuber entre votre père et votre mère ?

-Monsieur, mes parents sont morts et enterrés depuis une décennie. Un accident de la route. Percutés de plein fouet par un chauffard lourdement alcoolisé et j'étais de garde aux urgences ce jour là. Maintenant pour répondre à votre question, ce que j'aurais fait.. je n'en sais rien. Par contre si un jour je dois choisir qui entuber entre vous et une vieille personne... mon choix est déjà fait. Je suis rentré furax à la maison. Alors fais gaffe. »

La douceur printanière de cette fin d'après midi est sublime et la quiétude qui règne sur la plage déserte arrive quand même à étouffer un peu mes frustrations. Avec cette marée montante j'aimerai tellement aller tremper mes pieds dans l'eau pour laisser sa fraîcheur me raidir les mollets puis je chercherais la venue des petits crabes pour ressentir en bouche la saveur de la soupe à Isa. Les bouées blanches des corps morts sont orphelines de bateaux dessinant de longs chapelets à perte de vue. Je suis là au bout de ma rue à contempler ce si beau plan d'eau happé par ce lourd silence qui le magnifie. Il me tarde tellement d'aller voir à marée basse si les herbiers ont réussi à s'implanter, si l'estey s'est reformé, si les palourdes sont revenues. Je crève d'envie de prendre mon kayak pour fendre les flots et avec l'âme divagante attendre le frétillement de mes cannes à pêche. Je voudrais aussi m’asseoir sur un des banc près des tamaris à méditer sur un soleil couchant ou discuter le bout de gras avec un voisin.. mais c'est interdit. J'aperçois alors deux gendarmes en VTT roulant sur le sable dur pour fondre littéralement sur ma personne. Après avoir vaguement vérifié mon attestation et ma pièce d'identité, le plus vieux des deux en sueur après l'effort me dit :

« -Monsieur je vais vous verbaliser car l'accès aux plages et lieux publics sont interdits pendant le confinement.

-Excusez moi mais je ne suis pas sur la plage mais au bout de la rue.

-Monsieur vos pieds sont sur le sable donc vous êtes sur la plage.

-Excusez moi encore, mais c'est les tempêtes d'hiver qui recouvrent de sable le bout de la rue. Sous ce sable vous avez du goudron. Je ne suis pas sur la plage.

-Monsieur vous avez les pieds dans le sable donc vous êtes sur la plage je vous verbalise à la hauteur de 135 euros.

A cet instant je repense à Samia. Elle avait bien raison. Pas de doute c'était bien le gros con si bien détaillé. Je regarde le jeune qui l'accompagne mais ce dernier ne cherche visiblement pas ma compassion en me renvoyant son poker face. C'est alors que les événements ont basculé dans la quatrième dimension. Yvon un propriétaire en première ligne déboule sur sa terrasse en hurlant :

« - Ne te laisse pas faire Patrick. Ces gros bâtards voulaient m'aligner parce que je ramassais la crotte de Pépette devant chez moi. »

Yvon avait fait toute sa carrière professionnelle comme commercial dans la société Ricard. Il descendait dans tous les restos routiers, toutes les foires et tous les bistrots de la région en promotionnant au maximum son produit. Il avait récupéré la maison familiale de Sophie sa femme. Une superbe demeure les pieds presque dans l'eau qui permettait à Sophie de s'investir pleinement à sa passion en peignant des croûtes monumentales. Complètement dans sa bulle parfois presque lunaire elle a un charme teinté de mystères face à la lourdeur pochetronesque de son mari qui passe ses journées à miser aux courses sur internet en entretenant sa cirrhose bien avancée. Il ne fallait surtout pas accepter son invitation pour un apéro, au risque de repartir à quatre pattes dans ses pénates. Et là, le bougre avait déjà son compte, transpirant l'alcool à grosses gouttes avec le cerveau en ébullition.

« -Monsieur je vous demande de rentrer chez vous et de ne pas intervenir.

-Méfie toi de celui là, c'est un gros enculé répond Yvon.

-Monsieur c'est un outrage à agent dans sa fonction.

-Vas y toto fais ce que tu veux je t'emmerde. Je suis chez moi et je dis ce que je veux, ce que je pense. »

La situation part dans tous les sens. Quelque part dans ma tête je rigole quand soudain le couinement des roues du déambulateur de monsieur Mangin accompagné par sa dame entre dans la danse pour pimenter l'instant présent. Ce couple est le plus fascinant de ma rue. Ces octogénaires anarchistes viennent tous les jours se poser sur un banc pour apprécier la plénitude de la plage. Ce que je sais d'eux c'est qu'ils avaient été commerçant ambulant sur les marchés en vendant des fringues puis des sous vêtements féminins avant la retraite. Pour la rue ils sont« Monsieur Mangin et sa dame » car ils ne communiquent que rarement avec les gens, se contentant simplement de dire bonjour au revoir avec un large sourire pour entretenir le respect. Je les adore. Il y a longtemps j'avais réussi à engager une conversation avec lui car sa dame ne parle pratiquement jamais sauf une fois pour me dire qu'elle adorait lire les romans d'amour de la collection Harlequin. Je crois  que c'est Monique qu'elle s'appelle et lui René. Les gendarmes s'écartent pour les laisser passer et ils s’assoient sur le banc comme si de rien n'était.

« -Monsieur Mangin partez, ces fumiers vont vous mettre une amende. Hurle Yvon.

-Appelle du renfort et contrôle ces personnes.

-Allez rentre à la maison, ça suffit maintenant dit Sophie »

Le jeune gendarme s'approche de Monique en lui demandant les attestations et elle lui fait signe de la tête de s'adresser à son mari.

« -Monsieur je voudrais voir vos attestations.

-Vas te faire foutre. Tu ne vois pas que tu nous emmerdes. Ma femme et moi voudrions passer un moment tranquille en cette fin de journée si paisible. Nous venons tous les jours à cet endroit précis car nous restons confinés le reste du temps dans notre maison. Alors mon garçon, il serait à votre avantage de passer votre chemin pour nous laisser savourer ces instants privilégiés. Mais puisque apparemment votre supérieur ne semble pas comprendre la moindre once d'humanité, nous allons regagner notre domicile avec l'espoir de ne plus vous revoir prochainement.

-Heuh.. je vais en profiter pour vous raccompagner si cela ne vous dérange pas. » Dis je

Sans même attendre la moindre réponse nous quittons le lieu pour remonter la rue au rythme du déambulateur de monsieur Mangin quand le fourgon bleu marine du renfort s'engage pour rejoindre ses collègues. Il nous dépasse au pas et le chauffeur nous dévisage comme si nous étions des terroristes. René s'arrête pour le saluer en souriant, tout comme Monique qui remue son livre et j'en profite pour sourire intérieurement. Heureusement que Samia ne s'est pas pointé pour mettre la cerise sur le gâteau. Je n'imagine même pas. Restons en là.

« -Décidemment c'est à se demander si ils ne sont pas consanguins dans cette brigade. Dit René.

-Tu as raison il avait l'air aussi gratiné que celui de la plage... Vous ne trouvez pas que ces herbes hautes sont jolies dans cette rue ? Me demande Monique

-Assurément .. et heureusement car avec le confinement seules les herbes hautes peuvent se permettre le droit d'être folles...

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27 avril 2020

LES PARADIS PERDUS

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Il semblerait que le bassin d'Arcachon jusqu'ici assez préservé du COVID19 soit contaminé par le CONFOU20 ou le Caubarcvirus au sujet du banc d'Arguin. A la vue du déconfinement les plaisanciers et autres amis bouffeurs de coques sont pris d'une forte fièvre pour supprimer toutes les nouvelles lois liberticides qui nuisent à leur égoïsme exacerbé afin de se remonter le moral et effacer toutes les souffrances psychologiques du confinement comme un junky en cours de sevrage à qui on voudrait offrir un sachet d'héroïne. Notre philosophe local Confoulous alias Joël Confoulan président de la Caub'Arc (confédération des associations des usagers du Bassin d'Arcachon) a pris sa belle plume pour adresser à la préfète et aux instances concernées une missive demandant à faire sauter toutes les barrières afin d'éviter un agglutinement massif dans les eaux du bassin d'Arcachon et du banc d'Arguin. C'est à se demander si il faut en rire ou en pleurer. Cependant cette réaction confirme pleinement mon opinion à tout ce que j'ai écrit sur ce sujet. Cette pandémie montre que l'addiction de l'espèce humaine pour le profit engagée depuis des décennies par un néo libéralisme sauvage engendre des bouleversements terribles pour nos conditions sanitaires et sociales par les dérèglements climatiques néfastes à la biodiversité qui entraîneront indéniablement l'apparition de nouveaux virus. Attention..je n'invente rien.. ce n'est pas moi qui le dit, ce sont les scientifiques et même notre président Macron ( du bout des lèvres). Le monde entier prend conscience que nous ne pouvons pas continuer dans le monde d'avant sans rien changer. Maintenant, entre le penser et agir le grand fossé n'est toujours pas prêt à être comblé et ces messieurs de la soi disante « plaisance du bassin d'Arcachon » demandent à retourner dans l'avant de l'avant pour ne pas que l'après soit pire que l'avant. Décidément ces gens sont des indécrottables totalement englués dans leurs certitudes. Tous les jours le quotidien Sud Ouest abreuve ses lecteurs de vidéos en 4K et photos sublimes de la dune du Pilat et du territoire vierge de tout tourisme de masse montrant la nature qui profite de notre absence pour dévoiler « l'essentiel » aux cons que nous sommes et je dois être encore plus con que les autres car j'ai l'impression que personne ne comprend ce qu'elle essaye de nous dire. Il n'y a qu'à voir le SIBA (syndicat intercommunal du bassin d'Arcachon) qui commande une nouvelle vidéo ou cet état de fait servira de comparaison pour attirer d'avantages de touristes car le cash va devoir entrer dans les caisses en toute urgence. Non, je suis désolé, c'est l'occasion unique de repenser, de repartir sur de nouvelles bases et de se réinventer pour une vision sur du long terme sans attendre la fibre écologique que nous promet les seigneurs des mairies fraîchement élus par des partisans asservis conservateurs du bien être de leur nombril. A y regarder de plus prêt, il est flagrant de remarquer que leurs discours, leurs méthodes sont similaires à celle de l'autre abruti Outre Atlantique et en voulant faire du « Make Arguin great again ou Make BA great again» ils deviennent plus obscènes que Donald Trump. En attendant que vous puissiez poser votre bateau sur ce banc de sable pour vous retrouver entre amis autour d'un apéro sachez, même si vous le savez déjà, que je vous hais...bande de petits Donald Trump et pas la peine de m'envoyer ou de me rabâcher vos argumentaires. Vous êtes libres de vos opinions de les diffuser mais n'utilisez pas la protection de l'environnement à vos idées comme un outil de marketing et avant de faire ronfler vos moteurs..réfléchissez. Merci.

https://www.sudouest.fr/2020/04/26/bassin-d-arcachon-les-plaisanciers-demandent-un-acces-plus-souple-au-banc-d-arguin-7440601-2733.php

 

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05 avril 2020

LE TEMPS AU COMPTE GOUTTE

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Un.. deux.. trois.. quatre merles picorent les graines de gazon que j'ai fraîchement semé dans mon jardin. Ces enfoirés sont en train de réduire à néant mon ambition d'acquérir une main verte. Ils ressemblent à des poules qui grattouillent le sol en remuant leurs popotins. Mon chat qui prend le soleil sur la terrasse n'est même pas disposé pour une partie de chasse préférant juste ouvrir un œil pour observer les lézards qui sortent entre les planches. Finalement je suis content de voir que ces becs jaunes sont revenus me voir. Comme je suis heureux d'entendre le roucoulement des tourterelles et le bruit du vent dans cette atmosphère si particulière du confinement. Si le silence qui plane dans l'air me paraît délicieux, il me pose aussi beaucoup de questions mêlant le scepticisme à l'anxiété. Cette anesthésie partielle de la vie est quelque peu dérangeante car étant habitué à évoluer dans son ombre désormais je voudrais presque que la lumière revienne comme avant. Si le bleu du ciel est si limpide, l’absence de traces des longs courriers m’empêche de voyager. Je crois que la nature et sa biodiversité sont en train de nous dire quelques choses à l'oreille. Mon maudit voisin fait péter sa tondeuse pratiquement tous les jours mais je ne lui en veux même pas. Heureusement le beau temps est de la partie alors si les bronzés seront considérés comme des privilégiés, il faut se dire que la pluie aurait pu amener beaucoup de cordes sur les poutres. Nous vivons des moments surréalistes, inédits pour la plus part d'entre nous ou l'âme humaine libère le bon comme le mauvais. Si les gestes de solidarité font plaisir à voir, au moment du déconfinement d'autres comportements susciteront amplement l'usage de la tondeuse. Le travail de nos soignants mérite tout notre respect ainsi que tous ceux qui contribuent à ce que la vie se déroule le mieux possible. Nous sommes dans une autre dimension sans savoir l'épilogue de ce qui nous attend comme si le chaos voulait planer au dessus de nos tête. Même les cambrioleurs vont être au chômage partiel mais ils pourront toujours trouver les logements vacants de ceux qui ont trouvé refuge dans leurs résidences secondaires. Ma femme et moi continuons de travailler. Un choix pas évident surtout pour Isa qui côtoie l’hôpital et qui rentre à la maison avec une légère appréhension en retrouvant nos deux grands ados qui à ce jour tiennent heureusement le choc face à ce changement de vie. Pour ma part je pars quatre jours sur les routes ou les embouteillages n'existent plus ou les villes me jettent un regard fantomatique, ou les cours d'école sont silencieuses ou les Mac donald sont clos puis j'arrive à mon hôtel désert encore ouvert à attendre que le lendemain ne soit pas identique à aujourd'hui comme Bill Murray dans le film « Un jour sans fin ». Je ne veux pas me plaindre, je n'ai pas peur car je pense à tous mes amis aux quatre coins de la planète qui n'ont pas la même chance que moi. Je sais qu'il y aura une fin, un après covid19 mais pour le moment il faut juste rester solidaire en évitant le plus possible le flux incessant d'informations anxiogènes que les chaînes d'info diffusent en continu, juste pour ne pas finir zinzin.

Ce billet sera le seul et unique avant un retour normal de la situation. Je suis sûr qu'Uderzo aurait sûrement voulu que Panoramix nous livre sa fameuse recette de potion magique pour que nous puissions tous devenir des Obélix afin de revoir sur nos visages, le sourire enjôleur de Manu Dibango mais en attendant..

wait and see, take care and enjoy life.

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17 mars 2020

DES MOMENTS SOMBRES SUR LE SOLEIL

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Avant de parler du premier tour des élections municipales sur le bassin d'Arcachon, je voudrais revenir sur le coronavirus qui prend possession de notre esprit. Les dernières scènes dominicales ou les gens se sont agglutinés vers des lieux oisifs car le soleil printanier si discret depuis de longues semaines enfumait l'urgence sanitaire puis les ruades chevaleresques des caddys dans les allées des supermarchés pour honorer les héritiers de Panzani et Lustucru et la peur de manquer de ouate afin de ne pas subir la rudesse d'une page d'un quotidien sur l'intime de son séant ont fait surgir le paroxysme de l'égoïsme et l'insouciance de l'âme humaine. Il est difficile de mettre un adjectif et il serait prétentieux de l'utiliser pour décrire de tels comportements. Les bombes ne tombent pas près des maisons, les bottes ne résonnent pas dans les rues mais nous sommes en guerre sanitaire contre une chose qui voudrait enlever la vie. Ce n'est pas rien quand-même mais ce pourrait être pas grand chose si chacun de nous étions solidaires à appliquer des consignes bouleversants nos critères de modes de vie que l'ultra libéralisme a su modeler aux populations occidentales. Malheureusement seule l'anxiété est capable de redonner de la raison pour aller vers un cheminement positif ou le confinement strict est la solution choisie pour combattre le Covid19. C'est sur, ceux qui ont des enfants en bas âge vont vivre quelques passages de «l'enfer de Dante», des couples vont divorcer ou agrandir la famille. Des gens vont mourir et nous risquons presque tous de tomber malade alors pour éviter le pire,la seule contrainte est de rester chez soi, de prendre soin des proches, de prendre du plaisir à ne rien faire et croyez moi je suis un champion du monde en ce domaine. Regarder l'herbe pousser est une excellente activité anti stress. Cette épreuve perturbante pourra peut être ouvrir les consciences pour enfin y voir l'essentiel. Il y aura bien évidemment un après et des remises en questions vont sûrement apparaître évidentes. Seront elles assez divines pour que les dirigeants, les puissants comprennent le changement à opérer ? Je n'en suis pas vraiment sur car le naturel qui reviendra au galop cherchera la meilleure des nouvelles solutions pour revenir comme avant. Par contre je suis certain que le soleil se cache derrière ces moments sombres. Alors faisons face et soyons solidaires.

Je ne reviendrai pas sur le débat de la date du déroulement du premier tour des élections municipales mais sur le bassin d'Arcachon le constat est que les réseaux de l'oligarchie en place sont beaucoup plus virulent que ce maudit virus provoquant un paradoxe pour l'avenir de ce territoire qui apportera d'autres moments sombres au retour du soleil. La déception est grande mais il faut l'accepter. L'amertume qui traîne au fond du gosier m'oblige à l'avaler pour mieux la digérer afin de repartir au combat plus féroce qu'hier. Aujourd'hui je suis triste mais ça ira mieux demain. La presque totalité des seigneurs sont réélus avec des scores qui laminent les opposants. Fessée cul nu les doigts tendus. Seuls ceux de La Teste et Lanton vacillent quand même et le second tour sera intéressant à observer pour débusquer les félons ambitieux qui les mèneront à la victoire. A Arès c'est la fin d'un règne et les casseroles de Véronique Destouesse n'ont pas réussi à régaler les bulletins des urnes. Je commençais à croire en une possibilité de changement pour aller vers la transition écologique mais je me suis trompé. Heureusement « Créme antirides , Niniche, La baleine, le béguey, El chicos et tous les autres sobriquets pourront continuer à emmener mon imagination encore plus loin, pour leur servir des billets satiriques encore plus acides. Cela me réjouit car avec ces gens là, les promesses vont vite disparaître pour laisser la place au naturel car sur le bassin d'Arcachon la cash machine ne doit jamais s'arrêter. Pour l'instant... prenez soin de vous.

 

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10 mars 2020

UN BERBERE CONTRE UN MONDE BARBARE

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Mon silence n'est pas du à la campagne électorale des municipales sur le bassin d'Arcachon sur laquelle j'ai déjà bien écrit mais sur mon besoin d'aller voir ailleurs pour me ressourcer. La nouvelle ligne aérienne directe Bordeaux-Ouarzazate a été comme un signe comme quoi il fallait que je rende enfin visite à Hamid, un vieil ami de longue date que j'avais rencontré alors qu'il faisait des études de commerce dans la capitale girondine. Au regard de l'ambiance actuelle avec son lot de fiel déversé pour les césar, la psychose surmédiatisée du Coronavirus étouffant la souffrance des migrants dans l'indifférence totale tout comme la folie meurtrière du boucher de Damas il est grand temps d'emmener ma petite famille retrouver mon ami. Hamid est un berbère. Un amazigh qui n'avait pas réussi à trouver sa place dans la métropole préférant retourner près des siens afin de redevenir soi même. Il possède désormais quelques boutiques artisanales  mais il a pris trois jours pour vouloir nous faire découvrir sa culture et surtout nous faire rencontrer sa mère qui vit encore avec ses deux dernières sœurs dans un village berbère à flan de montagne dans la vallée du Todra près de Tinghir. Heureusement le village se trouve à un kilomètre de la route principale car le 4x4 souffre sur les rampes d'une piste défoncée. Autre avantage l'électricité est arrivé depuis peu mais pour l'eau courante, elle devrait arriver un de ces jours si « Inch Allah ». De vieilles bâtisses de pierres et de torchis hors du temps se dressent dans ce décors rocailleux ou il ne reste qu'à peine cinq à huit familles qui continuent de perpétuer leur culture. Sur un flan de montagne un jeune berbère assis sur une pierre fixe l'horizon en surveillant ses chèvres broutant paisiblement le vert qui sort entre les roches. Même si les conditions de vie semblent difficiles, une atmosphère chaleureuse et paisible vous happe entièrement. Une femme charge l'âne de gros bidons pour aller récupérer de l'eau dans le oued en contre bas ou à la palmeraie plus loin. Un potier sous une petite toile de tente qui le protège du soleil façonne une jarre avec de la terre glaise par des gestes ancestraux transmis de génération en génération avant de la laisser sécher au soleil. Il faut bien comprendre que ce peuple est toujours encore marginalisé par le pouvoir marocain même si ce dernier fait des efforts mais les amazighs s'en fichent car ils s'autosuffisent à eux même. Hamid a voulu quand même apprendre l'arabe et les bases de français à ses sœurs pour qu'elles puissent aller à l'école en descendant jusqu'à la route pour attendre un hypothétique bus scolaire aux horaires de ramassage très aléatoires. Sa mère est venue à notre encontre en proférant des mots tendres à son fils. Dans ses yeux coulait de l'amour pur. C'était troublant, d'une force incroyable. Nous fûmes invités à partager une omelette berbère avec du pain et du thé. Nous étions totalement sous le charme de cette hospitalité unique, transportés dans des instants magiques que même les smartphones des enfants restaient silencieux. Après le repas nous partîmes pour une marche de deux heures dans le reg afin d'arriver au sommet des gorges et découvrir un décor somptueux baigné par la lumière d'un soleil généreux. En une journée nous venions de prendre une leçon d'humilité bienfaitrice. A notre retour, les chèvres commençaient à redescendre vers le village mais le jeune continuait à regarder le ciel. Au fait, amazigh est une lettre de leur alphabet (le z) mais c'est aussi un mot, un signe qui veut dire « Homme libre » et cela me plaît beaucoup. C'était une petite parenthèse de notre séjour parmi d'autres aussi enrichissantes mais je voudrais aussi revenir sur ces plastiques accrochés à perte de vue sur les cailloux des regs qui séparent les villes et villages rapprochés dans les vallées. C'est effrayant, terrifiant jusqu'à l'intérieur des oueds. Partout. Le peuple marocain essaye de lutter en remplaçant les poches par des fibres recyclables et si la réalité du quotidien est beaucoup plus prioritaire, les dégâts sont vraiment considérables. Ça fait mal aux tripes. Voilà désormais j'ai retrouvé mon monde barbare pour attendre les résultats du premier tour des élections municipales. La saveur n'est pas la même.

hamid

Posté par paterzan à 13:18 - Permalien [#]