keith

Je voudrais vous dire que les propos que je viens d'écrire n'appartiennent qu'à moi et que je les assume entièrement. Je voudrais parler du Téléthon, cette grande messe philanthropique télévisuelle qui permet d'obtenir des millions d'euros pour la recherche médicale des maladies rares et autres. Que les choses soient claires. Il est évident que je compatis à 200 % à la cause et que je suis de tout cœur avec la recherche pour que des solutions soient trouvées afin d’éradiquer la souffrance des malades et des aidants. Là dessus je n'ai aucuns problèmes. Ce qui me dérange le plus c'est de voir cette frénésie soudaine et ponctuelle du quidam qui se sent obligé de se sentir utile, de faire n'importe quoi l'espace de 30 heures pour une cause juste et qui retournera dans ses pénates avec le sentiment d'avoir agi pour le bien alors que tout autour de la planète les injustices enflamment les consciences en endormant les causes justes. Je m'interroge beaucoup devant ces actions de bienfaisance et j'ai vraiment du mal à sentir la véritable honnêteté de tous ces actes. C'est très simple, je ne regarde plus et j'en ai rien à foutre. Il faut que je vous dise qu'avec le Téléthon , j'ai souvent eu de mauvaises expériences. Je me rappelle à la fin des années 80 lors des tous premiers Téléthon. C'était une époque ou je vivais sur Bordeaux brûlant la vie dans les nuits rocks des bars et caves enfumées et que parfois il était difficile de joindre les deux bouts. J'étais donc parti sur le bassin d'Arcachon retrouver ma mère afin de lui soutirer un peu d'oseille avec un gros mensonge éhonté. Je repartais de chez elle réussissant à lui ponctionner 50 balles(Francs) mais aussi en lui disant des mots sincères plein d'amour. Arrivant au rond point de Saint Jean d'Illac, une foule considérable bloquait la circulation. Des pompiers déguisés en père Noël faisaient tinter leurs tirelires en disant «A votre bon cœur, pour le Téléthon» J'attendais patiemment dans la file quand un de ces pères Noël arriva à ma vitre en secouant énergiquement sa tirelire. A première vue il me semblait qu'il était bien touché, les yeux bien rouges avec le jaune du Ricard qui annonçait la marée haute et ce con hurlait de plus en plus fort pour que je remplisse son urne. Je lui faisait signe que j'étais fauché mais il insista lourdement. «Cling cling, cling cling» Puis deux gendarmes se pointèrent sereinement sourire aux lèvres en inspectant de fond en comble ma vieille épave:

«-Vous avez un feux défectueux...

-Cling cling cling cling

-Les pneus sont bien lisses...

-Cling cling cling cling

-Vous avez les papiers du véhicule et votre permis de conduire s'il vous plaît?...

-Cling cling cling cling

-Ben non, excusez moi je les ai oublié chez moi...

-Ah, c'est bien embêtant...

-Cling cling cling cling

Je sortais donc à contre cœur mon billet de 50 francs en demandant si quelqu'un avait de la monnaie mais un des gendarmes me signifia avec un grand sourire:

«-C'est pour la bonne cause monsieur...»

J'enfilais rageusement le billet dans la fente de la tirelire pour m'entendre dire que je pouvais repartir en faisant attention sur la route avec le «-Cling cling cling cling» de cet enfoiré de pompier père Noël aviné en signe de remerciement. Autant vous dire que j'étais passablement amer, furax et que cette sacrée bonne cause m'avait mise à sec.

Bien des années plus tard, ma femme Isa et moi étions invités à passer le week-end à Paris chez Sophie une vieille cousine à elle. Isa me mettait en garde pour que je reste soft face à cette famille ultra catholique, chose que je lui jurais car j'avais en tête de trouver le moment idéal pour m'éclipser discrètement afin d'aller voir l'expo de Jean Michel Basquiat au palais de Tokyo. Je ne fus pas déçu en découvrant cette sympathique famille remplie d'empathie jusqu'aux oreilles qui correspondait bien au cliché catho bon chic bon genre avec Olivier son mari psycho rigide et leurs deux enfants aux noms composés du calendrier républicain. Ce petit monde avait décidé de participer au Téléthon que la paroisse du quartier organisait en revendant des confections de décorations de Noël faites par les paroissiens ainsi que les parts de gâteaux vendus avec un vin chaud pour remplir la généreuse cagnotte et comme il fallait de la main d’œuvre pour installer les tables et les barnums, la proposition de ma candidature à cette aide fut bien appréciée par tout le monde. J'avoue cette clientèle n'est vraiment pas ma tasse de thé. Non pas que je sais rester courtois, poli et causant mais ces gens m’ennuient profondément car leur monde est trop propre, aveugle aux injustices, trop droit, trop consensuel et bannissant le moindre grain de folie, la folle exubérance ou l'outrance qui pourraient illuminer mon esprit. Comme Isa est une anguille qui sait se fondre dans la masse et qu'elle semblait ravie des retrouvailles avec sa cousine, j'en profitais pour aller m'aérer les neurones en allant voir l'expo et flâner quelques heures dans les rues de la capitale pour humer la cosmologie de l'espèce humaine. A mon retour tous les stands étaient vides et le curé en soutane remerciait chaleureusement tous les participants en disant que le record de dons venait une nouvelle fois d'être largement battu grâce la générosité de la communauté. En revenant à l'appartement un sans domicile emmitouflé dans plusieurs couches de couvertures et d'un grand carton par dessus avait pris place sous les boites aux lettres dans le hall de l'immeuble. Olivier entra alors dans une rage folle, virant les couvertures et les sacs plastiques sur le trottoir avant de prendre le bonhomme par le col pour le jeter violemment sur le bitume.

«-C'est comme les cafards, si tu en laisses un tu en as dix le lendemain.

-Et en ce moment, ils pullulent et avec tous les migrants en plus, cela devient compliqué» rajouta Sophie.

Isa m'envoya un violent coup de coude dans les cotes pour ne pas intervenir. Je croisais alors le regard de ce pauvre gars puis je baissais les yeux comme un gros lâche, comme une grosse merde.

Sophie alluma la télé pour suivre en direct les euros qui augmentaient sur l'immense compteur des dons devant tous ces enfants malades et leurs parents qui applaudissaient l'artiste engagé et les initiations citoyennes partout en France. Pendant le dîner je fus presque hermétique à tout ce qui m'entourait, juste le minimum pour paraître à peu prés sociable et aimable. J'étais ailleurs, j'avais envie de fuir de me lever et d'envoyer une belle beigne à Olivier mais pour Isa je me devais de ne pas le faire. Je me levais pour aller à la fenêtre en espérant que l'activité nocturne de la rue allait me changer les idées. Le pauvre gars avait pris tout son barda et s'était installé dans le hall de l'immeuble en face. Une maraude venait d'arriver et lui proposait une boisson chaude qu'il accepta. Après quelques minutes de âpres négociations le bonhomme se laissa convaincre de les suivre vers sûrement un refuge pour la fin de nuit. Le fourgon démarra lentement pour filer je ne sais ou au milieu des milles lumières qui décoraient cette artère.

«-Désolé je vous fausse compagnie, je vais me coucher» disais je.

Le don est un acte fort qui se doit de n'être jamais calculé, qui ne doit être que la réponse de notre soi intérieur. Parfois un sourire, un bonjour, une main tendue peuvent être beaucoup plus efficaces qu'une pièce de deux euros ou un chèque à une association et sans renier ces actions tellement utiles pour venir en aide aux nécessiteux, il faut bien comprendre que c'est l'inaction et les mensonges des gouvernants qui creusent davantage les inégalités et que l'occident réussissant à banaliser ce constat permet de mieux le faire accepter à l'opinion publique tout en alimentant les groupes extrêmes et le populisme. C'est le triste constat à ce jour.

La misère que j'ai côtoyé pendant toutes mes pérégrinations autour du monde étaient beaucoup plus violentes et plus injustes à mes yeux, à mon âme mais paradoxalement la solidarité poussée par l'instinct de survie qui donnait de la noblesse, de la fierté et de la raison à ces gens m'aida à accepter d’où je venais et de savoir qui j'étais vraiment en m'apprenant que seul le respect permet d'obtenir la fraternité sans concession quel que soit la culture, la religion, les traditions. Aujourd'hui, je peux dire que c'est grâce à ces gens que je suis toujours en vie juste en voyant mon propre reflet dans leurs yeux et que ma reconnaissance leurs sera éternelle. Je n'ai aucune légitimité à donner des leçons à qui que se soit, juste à écrire quelques banalités de ce que je suis pour ne pas me perdre car les silences et l'hypocrisie face aux conflits armés et le déni face aux enjeux climatiques qui régissent actuellement nos sociétés et notre planète me désespèrent et me mettent en colère. Comment rester insensible à la souffrance des gazaouis sans être traité d'antisémite? La réponse vient du rabbin Arik Ascherman qui a reçu en 2021 le prestigieux prix Gandhi pour la paix et qui venant en aide aux palestiniens chassés par des colons juifs en Cisjordanie:

«-Je ne me vois pas comme un pro-israélien ou un pro-palestinien, je suis un pro-être humain.»

Oui Monsieur et merci vous avez tellement raison. Nous devrions être et uniquement être tous «pro-être humain.»

 

Allons partons un peu à la dérive sauce Bernache en imaginant toutes les initiatives des villes pour participer au Téléthon. Son «Altesse sérénissime crème antirides» alias Yves Foulon le maire d'Arcachon sur son transat au bord d'une plage des Maldives a envoyé un Facetime enregistré à ses administrés.

«- Mes chers amis, je compte sur vous et sur votre générosité pour représenter légitimement la splendeur de votre ville, sachant que votre amour sans faille pour mon royaume saura porter la grandeur et le montant de votre don afin de recevoir ma reconnaissance bienveillante.»

 

«Pluto» alias Patrick Davet le maire de La Teste de Buch et «Patou» alias Patrice Pichet président du groupe immobilier n'arrêtèrent pas de planter des arbres autour de la commune jusqu'à la dune du Pilat quand «Patou» demanda:

«-Au fait «Pluto», qui c'est qui va me rincer pour la résidence des saisonniers.

-La cagnotte pauvre idiot, plus tu plantes d'arbres plus tu empoches...»

 

Gujan Mestras étant une ville phare pour le Téléthon 2023, Sa «Majesté la queen gujanaise» alias Marie Hélène des Esgaulx décida d'envoyer son fidèle adjoint «Flipper» alias Xavier Paris au défi du saut à l'élastique. A chaque mille euros de dons Flipper devait se lâcher d'une grue de 100 mètres de hauteur accroché à un élastique pour récupérer avec ses dents une huître du «Ché Labanos» alias Olivier Laban président des conchyliculteurs faisant grimper la cagnotte de mille euros. Au premier essai l'élastique était trop long et avec la grande taille du bonhomme, quelques dents restèrent sur le bitume malgré les encouragements des spectateurs à chaque rebond.

A Facture Biganos, «Le béguey» alias Bruno Lafon le maire a passé trente heures à faire le tour de sa ville en roue arrière sur sa Harley Davidson en klaxonnant devant la Smurfitt pour obtenir 100 euros de dons de cette dernière. Au bout de 10 tours, l'usine a coupé les lumières et fermée ses portes mais la moto passe et klaxonne toujours.

«La Ségolène des esteys» alias Nathalie Le Yondre la maire d'Audenge voulait tronçonner une parcelle de foret de deux hectares sur la bande du littoral pour redonner 10% au Téléthon pour la vente des terrains constructibles. Heureusement la pluie n'a pas pu faire démarrer la tronçonneuse.

«La reine de la Turlutte Marine Morano» alias Marie Larrue la maire de Lanton voulut donner de sa personne en proposant à ses administrés un Pole danse sulfureux pour présenter le nouveau SCOT à ses administrés sous le chapiteau du cirque Mariano à côté de Popof l'éléphant qui jouait de la trompette. Hélas à la fin de la soirée, il y avait beaucoup plus de billets dans le cul de l'éléphant que dans la ficelle du string de la dame.

«Droopy» alias Jean Yves Rosazza le maire d'Andernos les bains a voulu battre le record du monde de la sieste sur un hamac en écoutant en boucle le «buena vista social club» A l'heure de ces lignes, le bonhomme ronque toujours et le Guiness book s'apprête à homologuer son record avec un chèque de 100 euros pour cet exploit.

«Le jack Lang du bassin» alias Xavier Daney le maire d'Arès avait organisé un facebook live pour faire un marathon de air guitar avec sa playlist ou chaque like rapporterait 1 euros au Téléthon. Malheureusement une rupture de faisceaux sur «Stairway to Heaven» stoppa le compteur sur 7 like. Il faudra attendre plus de huit heures afin que le maire s'en rende compte mais il décida quand même de continuer pour finir l'album «Let there be rock d'AC/DC»

A Lège Cap Ferret, des paris en ligne avait été organisé avec 20 % des gains reversé au Téléthon pour déterminer à la minute prés le temps de danse en Tcha tcha tcha, biguine, tango et valse du «Dentiste» alias Philippe de Gonneville le maire de la ville et de sa partenaire d'un soir la «Ché libanaise» alias Anny Bey sa plus farouche opposante. Après plusieurs heures d'attentes, les deux danseurs n'ont pas pu se résoudre psychologiquement à relever le défi, trop compliqué pour leur amour propre entraînant la plus grande déception des parieurs.

Bon allez cela suffit, je cesse de partir en sucette. Vous aurez bientôt les résultats des dons du Téléthon dans les médias locaux. Ils devraient être tous formidables avec une participation exceptionnelle.

Et s'il vous plaît... essayons d'être plus pro-être humain. Merci.