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Quand je l'ai devant mes yeux, mon regard part à la recherche d'un souvenir lointain ou mes joies enfantines étaient guidées par les mots de mon grand-père. Dans ma mémoire elles sont gravées au fer rouge mais aujourd'hui mon coeur saigne de voir que l'ocre de la désolation gomme inlassablement le vert de la vie en emportant les couleurs de mes émotions. Le nord bassin d'Arcachon meurt comme mon vieux chien fidèle avait attendu mon retour pour libérer son dernier souffle. Je souris quand même au gamin qui construit un gros château de sable et je compatis avec son père qui peste pour la vase collée à ses pieds. Mon vieux voisin René savoure la douceur printanière assis sur un banc près du tamaris à l'ombre et à l'abri du vent. Quotidiennement les deux mains sur sa canne il fixe l'horizon. Peut-être cherche t'il lui aussi à retrouver un morceau de nostalgie mais je crois plutôt qu'il préfère tout simplement savourer l'instant présent. Quand je lui ai dit:

«-t'as vu René, il n'y a plus rien, plus un herbier.»

Il m'a répondu un mouais laconique comme si la fatalité avait fait fuir ses illusions. Je le salue en posant ma main sur son épaule et une boule de colère et de frustration prend possession de mon corps. Je revois les yeux brillants et le sourire de mon grand-père quand il me montrait l'anguille qu'il venait de foëner. Je ne peux plus rester dans mon coin à écrire, il faut que je sorte de ma tanière pour montrer du doigt l'indifférence de nos consciences à accepter que la mort remplace la transmission de la vie. Je suis quelqu'un qui vit dans l'ombre, dans la discrétion, qui aime prendre le temps pour réfléchir et me mettre dans la lumière me fait peur. Peur de ne pas trouver les mots justes ceux qui s'impriment dans les pensées et pourtant de longs discours peuplent ma tête. C'est avec violence que j'ai accepté de participer à un débat sur la radio locale« Radio Cap Ferret» au sujet du décret du banc d'Arguin. J'ai médité pour calmer ma nervosité, je me suis préparé à réciter des phrases mais devant le micro j'étais l'adolescent à son premier rendez vous amoureux qui bafouille un peu ses mots le coeur palpitant. J'aurai voulu dire plus de choses bien sûr, mes mots sortaient de ma bouche maladroitement me paraissant même confus mais j'espère que leur sincérité aura pu être entendu. Le débat fût serein et constructif ou les divergences purent s'exprimer et malgré mes balbutiements je suis rentré à la maison avec le coeur léger et empli d'une énergie positive qui conforte mes convictions pour continuer la lutte. Alors avant de pousser le portail, je suis retourné voir le bassin. La marée était totalement basse. Le château du gamin était chouettement décoré de coquillages et le silence se couchait sur la plage déserte alors j'ai imaginé les mouettes et les aigrettes gambadant dans les flaques à la recherche d'une crevette, les palourdes se cachant pour attendre la prochaine marée, les herbiers délivrant les contrastes de vert et au loin, une silhouette... C'était beau.
Pour Boyton.

Ps: un grand merci à Hervé Hélary le patron de«Radio Cap Ferret» qui a su me convaincre et m'a permis de mettre du son sur mes mots. Merci encore.

 http://www.radiocapferret.com/emission/la-boite-de-pandore-de-tonton-h/2017/06/14/1604/le-banc-d-arguin-joel-confoulans-stephane-scotto-patrick-herzan-le-cri-de-la-bernache.aspx