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(Attention certains passages de ce papier peuvent choquer, je m'en excuse d'avance)

L’autre jour ma femme m’annonce: « Ma copine de gym Valérie veut absolument faire notre connaissance. Avec son mari, ils souhaitent élargir leur cercle d’amis.
-Ah bon?
-Nous sommes invités samedi soir à un apéritif dinatoire
. »

Débarquer en terre inconnue n’est pas ma tasse de thé et je n’avais pas spécialement envie d’y aller. Après avoir tourné viré une demie heure dans un quartier chic, nous arrivons devant une belle villa style californien avec deux grosses berlines allemandes garées dans la cour. J’ai un mauvais pressentiment. L’hôte de la maison nous accueille chaleureusement en faisant les présentations. L’intérieur de la maison respire le luxe avec un mobilier contemporain sobre mais efficace. On peut dire que la boniche, euh pardon la technicienne de surface a passé l’après midi à bichonner le salon car la manucure de Valérie empêche tout usage du balai. Son mari Kevin est sapé comme un lord. Il en jette vraiment. Coursier dans une compagnie d’assurance, jeune beau et fringuant la vie est belle pour ces tourtereaux. L’autre couple invité dégage un contraste étonnant. Erik un grand sec, visage assez austère est un architecte en vogue et sa femme Carole, petit bout de chou très classe à l’œil pétillant avec des petites rondeurs bien proportionnées justifiant les séances de gym mais possédant néanmoins un certain charme, ne doit pas faire grand-chose de ses journées.

Une immense photographies noir et blanc de Times Square la nuit trône sur le mur du salon. Elle est numérotée et signée. Alors je repense à la polémique du moment sur l’exposition de photos de Larry Clarke au musée d’art moderne de Paris que Bertrand Delanoë vient d’interdire aux moins de dix huit ans sous la pression des associations de bonnes mœurs comme quoi ces œuvres pourraient choquer les adolescents. Je trouve stupide cette décision. Je n’aime pas particulièrement ces photos mais Clarke n’est pas de la dernière pluie. Son œuvre est le reflet brut d’une jeunesse avec tout ce qu’elle peut entraîner, la liberté, l’insouciance, l’excès mais ces clichés sont-ils pour autant plus vulgaires, plus dangereux que les célèbres flous d’Hamilton? Quand on va à une exposition on sait ce que l’on va voir. De plus, les jeunes ne vont pas aux expos et avec Google ils ont accès à des images encore plus trash. Je vous laisse juge avec cette vidéo:

« - C’est New York  m’annonce Kevin.
-Ah bon? »

Je sens que la soirée démarre mal mais on nous demande de se regrouper autour du buffet. Un énorme saladier en argent contenant une mixture à base de champagne , des assiettes de petits fours Picard, de charcuterie, de légumes bio ciselés avec sauces en tout genres et trois bouteilles de Pessac-Léognan occupent une grande table. Je n’ ose pas indiquer que ces vins devraient être ouvert depuis déjà un bon moment et décantés en carafe mais je demande d’ouvrir le Pape Clément pour tout à l’heure.

« Avez vous entendu comment Christine Lagarde justifie la pénurie de l’essence en disant que l’on ne pouvait pas parler de pénurie mais d’un sentiment de rareté. Quel bel exemple de com n’est-ce pas? Lance Carole. »

Je crois bien que ces gens là se foutent royalement des manifestations pour la retraite mais la réflexion de madame Lagarde est effectivement un bel exemple de langue de bois. Effectivement, les gens ne sont pas pauvres, ils ne manquent pas d’argent mais ils éprouvent un sentiment de rareté. Après quelques verres et coupettes étanchés  les langues se délient un peu pour arriver sur le terrible sujet.

« - Et toi, tu es dans quel secteur? »

Les regards deviennent interrogatifs, celui de ma femme est inquiet.

- Je suis dans la recherche.

Je remonte dans leur estime. Mes interlocuteurs sont intrigués et veulent savoir la suite. Ils ont affaire à un chercheur.

-Tu recherches quoi, si ce n’est pas indiscret?

- Un travail.

Pour dissiper le léger malaise qui s’installe, je m’occupe de torcher le Pape Clément. Les discussions repartent de plus belle. La mixture de Valérie commence à faire son effet. Les femmes commencent à avoir les joues rouges et leurs yeux brillent de mille feux. Elles papotent sur le grand canapé cuir Cinna et les éclats de rires fusent en cascades. Je me gaufre  la dernière compétition de golf de Kevin et la dernière acquisition de voiture de collection de Erik puis j’interpelle ce dernier sur une interrogation qui me chiffonne:

« -j’ai une petite question à te demander. A Andernos, pour le projet Pérusaland(pôle de loisirs), j’ai lu sur la dépêche du bassin que l’architecte est Hubert Saladin. Puis je me rappelle d’un article sur la revue municipale ou ce même monsieur commentait le projet de l’ehpad et en regardant le site du futur constructeur du golf (albiac) je m’aperçois que l’architecte de cette société est encore Hubert Saladin. Que penser d‘une telle coïncidence?

- Je crois que ce monsieur doit connaître le juste prix » me répond Erik avec un sourire béat.

J’ai entamé le Carbonnieux et j’ai l’impression de ne pas être dans le même monde. Un doute m’envahit. J’ai l’impression d’être Villeret dans le dîner de con. Alors je décide de frapper un grand coup:

« -Je vais vous raconter une blague »

Le silence se fait, je deviens le centre du monde, ma femme s’inquiète.

« -C’est l’histoire de deux curés sous la douche. L’un dit à l’autre:
- Dis donc, ton sexe n’a pas grossi ?
- Non pourquoi du me demandes cela ?
- Si je t’assure ton sexe a grossi.
- Non je te dis mon sexe n’a pas grossi, je rentre toujours dans du 12 ans.

Carole éclate de rire sans pouvoir s’arrêter. Valérie est scotché, je me demande si elle a compris. Kevin et Erik restent muets et ma femme est anéantie. Avec ce coup d’éclat je suis grillé définitivement. A la fin de la troisième bouteille de vin ma femme décide de quitter le lieu de mon calvaire. En remerciant nos hôtes et invités, je lance cette tirade:

« Mesdames messieurs après cette soirée magistrale,  ma femme et moi partons pour un voyage spatial. »

« Tu crois qu’ils vont nous réinviter ?

-Non je ne crois pas...