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C'est en découvrant un article et une vidéo dans le journal Sud ouest intitulé « Vues sur Andernos, une ville à la beauté confinée » https://www.sudouest.fr/2020/11/01/vues-sur-andernos-une-ville-a-la-beaute-confinee-8029684-2729.php que je ne sais pas pour quelle raison, je me suis retrouvé plongé 32 ans en arrière. Lors d'un de mes voyages dans le nord de l'Inde, quittant l’envoûtante moiteur crasseuse de New Delhi je m'étais retrouvé coincé dans une petite ville aux pieds de l'Himalaya car les pluies diluviennes des jours précédents avaient écroulé une portion de l'unique piste obligeant l'antique bus à attendre la réparation pour pouvoir reprendre la route. C'était Brian un vieux prof australien complètement imbibé par cette culture au point de non retour qui m'avait refilé une adresse d'un lieu de méditation dans un bled au milieu d'un somptueux décor sur les hauteurs en me demandant d'y rester quelques temps pour trouver des réponses à l'errance de mon âme et aujourd'hui je lui en suis éternellement reconnaissant. Pour quelques petits dollars je trouvais une piaule poisseuse avec une vue sur un grand terrain vague rempli d'immondices que la pluie avait charrié du flan de la montagne. L'odeur était insoutenable car les eaux usées s'étaient mélangées pour constituer un magma effroyable. Les pales du ventilateur étant très fatigué je fus obligé de laisser entrer un semblant d'air frais par la fenêtre mais comme tout le reste dans ce fabuleux pays, on s'y habitue très vite. Dans l'après-midi une vingtaine de gamins de huit à quinze ans s'activèrent à débarrasser les débris sans ménager leurs efforts. La tâche était énorme mais ils réussirent à dégager l'espace un demi terrain de football. Le lendemain armés de bambous affûtés ils tracèrent des sillons dans l'ocre de la terre asséchée dans lesquels des femmes s'empressaient de les combler de chaux ou de craie en plongeant leurs mains dans des paniers tressés. Tous les gestes étaient méticuleux, si précis que le silence qui régnait me transmettait une totale fascination. Ce fut deux jours plus tard en reprenant la route et les roues du bus calées au bord du précipice à attendre qu'un camion lourdement chargé puisse descendre la piste, que je comprenais la signification de leur dessin. Dans le contraste du vert végétal et du chaos de la misère, leur mandala blanc semblait sortir de son écrin, brillant comme un phare dans la nuit et m’hypnotisant entièrement. J'avais beau cherché un défaut dans les courbes des rosaces ou dans les quelques lignes droites mais tout était parfait sans la moindre erreur comme si par magie ces gamins avaient voulu donner une beauté absolue à la vie. Alors...oui, je suis d'accord on peut être contemplatif et méditer sur la beauté des paysages que nous offre le bassin d'Arcachon. Le seul bémol c'est que je ne porte pas la même attention, ni ne donne la même signification. Je n'y arrive plus car l'interprétation de ces images sont faussées par la réalité.

 

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photo: Thierry David/SO

Ce panorama est certes sympathique, le bleu du ciel de saison et la marée basse qui augmente le champ de vision peuvent pousser à la rêverie laissant découvrir de la beauté à notre imagination mais comme une illusion qui voudrait cacher l'agonie du plan d'eau et la mort lente d'un écosystème. Les terres autour de la jetée devraient être vertes comme des greens de golf ou les sillons des esteys épais comme des bras sur les grands chenaux alimentent les plages d'une eau claire avant de recouvrir les herbiers pour que la biodiversité puisse s'organiser. Aujourd'hui ce n'est qu'un vaste terrain de vase ou la marée montante déborde des grands chenaux pour amener une eau trouble sur le bord faisant disparaître la biodiversité. C'est ce constat mortifère qui m’empêche de méditer pleinement et les actions politiques pour sa sauvegarde sont tellement remplies de non sens, de visions à court terme et d'hypocrisies qu'il m'est impossible d'y voir de la beauté. Quel gâchis !! Pour mieux éclairer mon propos, j'ai retrouvé cette vieille photo des années 50-60 de ma grand mère attendant le retour de la marée dans un estey.

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Ce n'est pas la mine enjouée de Jeanne qu'il faut regarder mais la hauteur du crassat(la terre) derrière elle qui dépasse la hauteur de la cabine de la pinasse donc approximativement 1,80 mètre. Avant de faire flotter l'embarcation, l'eau montante avait bien le temps de remplir la plage avant de recouvrir le crassat.

 

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Sur cette photo d'aujourd'hui presque au même endroit, le crassat ne mesure qu'une quarantaine de centimètres. Il n'est pas difficile de comprendre que l'eau montante aura vite fait de le submerger drainant la vase en surface et jusqu'au bord, emmenant de la turbidité qui empêche la photosynthèse de nourrir les herbiers. Comprendo ?!

Les vieux niçois arrivent même à méditer assis sur un banc de la promenade des anglais devant la mer Méditerranée, la mer la plus polluée au monde. Le bassin d'Arcachon n'y est pas encore mais en prend le chemin pour que la ressemblance attire encore plus de touristes, de retraités, de gens aisés qui feront marcher les commerces du coin afin de profiter de la douceur de vivre pour assouvir pleinement leur égoïsme.... L'esprit bassin ?! Ha ha ha....

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