2406189_905_14455555_1000x500

Le plus difficile quand on est loin de ses pénates c'est d'apprendre une triste nouvelle et de ne pas pouvoir la partager. Je visionnais ma messagerie et les pages locales de sud ouest assis à une table dans un rade au fin fond de l'Espagne en attendant mon assiette de lomo quand j'apprenais le décès de Claude Guinant. Soudainement l'effervescence du restaurant et le volume bruyant de la télé s'estompèrent d'un coup dans ma tête. Les trois tranches de porc et ses grasses frites maison que m'amena la serveuse n'avaient plus aucune saveur. J'étais loin de chez moi, seul et très triste.

Il est beaucoup plus facile d'écrire un billet sur une personne publique que sur un illustre inconnu mais pourtant il existe encore des gens, des sans grade qui méritent tous les hommages. Claude Guinant plus connu sous le nom de « Bibique » mérite que l'on mette en lumière sa mémoire car c'est dans l'ombre qu'il a construit sa légende au club de football d'Andernos les bains par sa dévotion, posant son humilité au service des autres et sa passion sans faille pour le ballon rond.

Dans les années 70 dans cette petite ville qu 'était Andernos, le football représentait la seule manifestation capable de maintenir le lien social en nous réunissant le dimanche pour supporter l'équipe première au stade Jean Marcel d' Espagne.(derrière le château d'eau) Dés mon plus jeune âge je devais suivre le même chemin que mes frères en m’entraînant sur le stade Bertin (remplacé par l'intermarché) pour espérer jouer un jour avec l'équipe première. Bibique fut un de mes entraîneurs et je dois dire que si aujourd'hui je suis moins footeux il m'a quand même transmis le virus. Je devenais un fan de Johan Cruyff et vibrais comme un malade sur l’épopée des verts de Saint Etienne. Il était le grand frère, toujours disponible et les maillots des matchs repassés par sa femme Maryse sentaient bon le savon de Marseille.

Mes espoirs d'intégrer l'équipe A s'envolèrent au fur et à mesure que j'allais sous les jupes des filles et que je goûtais à l'ivresse de la liberté. Cependant Bibique telle la tique sur le dos d'un chien s'acharnait à maintenir un lien de fraternité pour pouvoir monter une équipe afin de courir le dimanche après midi. Il faisait le tour de la ville pour nous récupérer ici et là en commençant toujours par les alentours des boîtes de nuit. C'est ainsi que j'ai eu la chance de jouer à ses côtes dans l'équipe C, soit stoppeur ou demi défensif. Autant dire que l'attaquant adverse devait savoir bien sauter pour éviter nos coups de sécateurs. Nous étions un groupe de potes qui écumait les champs de patates médocains ou des bleds voisins pour prendre tôle sur tôle sur fond de quelques petites castagnes s'achevant toujours par de grand éclats de rires autour d'une bonne bière. Franchement, c'était vachement bien. Par contre Bibique ne supportait pas que l'on perde à domicile face à Arès la ville voisine. Pour le dernier match retour nous avions eu l'honneur de fouler la pelouse du stade municipal. Elien Rossignol le gardien du stade, après quelques bouteilles étanchées avec son ami Roupigne avait presque réussi à tracer droit les lignes du terrain même si le point de penalty n'était pas tout à fait centré. En cette fin du mois de mai il faisait très chaud et la bringue de la veille handicapait sérieusement mes neurones.

« - Les gars...je veux que vous donnez votre maximum, que vous lâchez tout. C'est la seule faveur que je vous demande. On ne doit pas perdre aujourd'hui, on doit gagner. »

Dans cette moiteur de l'après midi la maigre assistance squattait l'ombre de la buvette. Nos attaquants avaient toujours les pieds carré mais nous avions éviter de prendre des buts en mouillant vraiment le maillot. Cette fois ci , nous étions presque bons sauf que le score était toujours vierge et que la fin du match approchait. Sur l'ultime corner, je vis mon Bibique courir à l'attaque sauter au dessus de tout le monde pour cogner le cuir d'une tête rageuse afin qu'il puisse finir sa course dans la lucarne opposée. Aujourd'hui encore j'ai et jusqu'à la fin de mes jours j'aurais en tête l'image de joie sur son visage.

Le temps passant, il devenait le gardien du temple et on pouvait l'apercevoir assis sur la tondeuse à bichonner le pré au millimètre du club de football. La dernière fois que je l'ai vu, il passait dans ma rue en voiture. En baissant sa vitre, son œil étincelant derrière ses lunettes et son petit sourire en coin me demandèrent si j'allais bien. Puis nous avions blablaté de tout et de rien en nous disant « A la prochaine ».

Un grand salut à toi Bibique. Bon vent.