ed bernache

 

Au premier abord, on pourrait croire à une querelle de clocher qui fait rire dans les chaumières mais celle qui se passe dans la capitale de l'Arcachonie mérite que l'on s'y penche un instant car derrière ce qui pourrait prêter à sourire se cache une sombre histoire de batailles d'égos pas très reluisante et une nouvelle fois, son Altesse sérénissime «Crème antirides» alias Yves Foulon le maire d'Arcachon me tend le bâton pour se faire flageller.

https://www.sudouest.fr/economie/transports/circulation-en-gironde/arcachon-les-camions-de-la-source-des-abatilles-a-nouveau-verbalises-11972351.php

Pour résumé, au milieu d'une bourgade cossue, une usine d'eau minérale fleuron du royaume prospère goulûment. Cette usine nécessite l'emploi de semis remorques pour écouler sa marchandise. Le maître du lieu par un arrêté municipal décide soudainement d'interdire la route aux camions. La justice donne raison à l'usine et annule cet arrêté. Le seigneur piqué au vif repose illico un nouvel arrêté et les prunes s’amoncellent sur le bureau du directeur de l'usine. La marée chaussée sûrement mal à l'aise d'obéir a même verbalisé un camion qui acheminait une cargaison de bouteilles d'eau offerte gracieusement aux pompiers combattant les terribles incendies. Une nouvelle fois ce sera la justice qui va devoir régler cette querelle ubuesque. Mais comment en est on arrivé là? Pour comprendre il faut revoir la genèse de cette usine. Le groupe Nestlé qui détenait la source sainte Anne les Abatilles avait choisi de faire son investissement sur des produits phares comme Vittel, Evian et j'en passe délaissant totalement cette marque qui n'arrivait pas à décoller. C'est alors que «Roro l'espingouin» alias Roger Padois le demi frère de son Altesse sérénissime entre en scène. Monsieur que j'avais déjà épinglé en 2017 lors des «Arcachon Papers» http://www.lecridelabernache.com/archives/2017/12/12/35952738.html

Dans ce billet j'écrivais :

Prétextant un solide attachement filiale à la ville d'Arcachon, Roger Padois rachète la source sainte Anne en perte de vitesse, en s'associant avec le groupe Bertrand qui est un empire dans la brasserie et l’hôtellerie de luxe pouvant donc augmenter le volume de production. Ainsi le chiffre d'affaire grimpe alors il pourra revendre cette société avec une belle plus value. C'est effectivement de l'investissement. Entre temps le monsieur n'a eu aucuns scrupules pour vendre à l'acquéreur en vue d'agrandissement, les terrains d'un club de tennis plus que centenaire.

Nous avons donc affaire à de redoutables hommes d'affaire qui ne sont pas là pour enfiler des perles. Il convient de reconnaître qu'ils ont eu l'excellente idée de marketing en donnant la forme d'une bouteille de vin de Bordeaux à leur eau pour se démarquer des autres concurrents et afficher un ancrage locale. Très vite le chiffre d'affaire a été multiplié par quatre et les camions défilaient à la chaîne dans la rue malgré quelques grincements de dents du voisinage. Entre temps son Altesse sérénissime voyant les royalties entrer dans la caisse de son royaume eut l'idée de s'acoquiner avec le frérot pour investir avec lui dans l'immobilier avec des montages balkaniens qui font parfois les gros titres dans les journaux locaux.

Jean Merlaut un gros négociant en vins avait eu vent que «Roro l'espingouin» voulait lâcher du lest dans le business pour profiter d'une belle retraite dorée. Alors il lui proposa de racheter son affaire. Le groupe Bertrand qui voulait développer d'autres projets profita de l'aubaine pour toucher le jackpot en revendant les 50% de ses parts. Il ne restait plus qu'à convaincre Roro de céder ses parts pour être actionnaire à 100% du capital mais ce dernier, gourmandasse dans l'âme, ne céda que 20% et le terrain en vue pour l'agrandissement de l'usine, se gardant 30% dans l'espoir d'engranger de la monnaie pour quelques temps encore. Je pense que Jean Merlaut, même majoritaire a du l'avoir sévèrement mauvaise. Aussitôt il engagea Hervé Maudet un squale dans le développement pour mettre un maximum de pression sur cet actionnaire minoritaire qui voudrait le cul de la crémière. Des contentieux vont très vite apparaître et les compromis ne vont pas du tout plaire à Roro, touchant même son amour propre. Dans le business les sentiments n'ont pas leur place alors qui de mieux pour se plaindre que d'aller voir son frérot en chouinant son mécontentement et la famille pour son Altesse sérénissime c'est sacré. Il fallait agir pour laver cet affront et voilà aujourd'hui le résultat. L'accès de l'usine interdite aux poids lourds. Pathétique...minable et nul.

Je serais Jean Merlaut je retirerai le mot Arcachon des étiquettes. Après tout, ce n'est pas la ville qui fait vendre la bouteille. C'est sa forme. Le chinois, l'indien ou l'américain se foutent royalement de sa provenance si ce n'est qu'elle est française car elle ressemble à une bouteille de vin. De quoi le rendre furax.. l'autre sur son trône...

abatilles

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Un soir de canicule j'étais dans mon salon à attendre la venue hypothétique d'une bise marine qui pourrait rafraîchir ma carcasse et aider les pales de mon ventilo à essayer d'atteindre les bras de Morphée. La chaleur poisseuse avait eu raison de la montée en puissance des festivités de mes voisins en donnant un coup d'accélérateur au rosé pour qu'il grimpe plus vite au ciboulot des convives alors la fiesta fut écourtée plus rapidement laissant juste quelques rires gras briser la moiteur de la nuit. Installé sur mon canapé je faisais défiler les chaînes de télévision en ayant pris le soin de couper le son. En tant normal, je ne regarde pas trop la télévision et je pense que je vais continuer à ne pas trop la regarder. C'est alors qu'il est apparu. Je l'avais en face de moi, en gros plan serré. Chemise rouge de circonstance suite aux terribles incendies, le bonhomme transpirait à grosses gouttes devant un camion de pompiers. Il semblait être gêné par le gros micro qu'on lui avait mis dans la main et on devait lui faire signe de le baisser car on ne voyait pas son visage. Il fixait droit la caméra à attendre sûrement le direct. Il semblait être dans les starting blocks, impatient à intervenir à l'antenne et d'un coup le bonhomme est parti. Il déblatérait à n'en plus finir. Il agitait sa tête nerveusement et je sentais qu'il devait en avoir gros sur la patate. Comme je ne savais pas de quoi il causait je laissais mon âme divaguer dans l'espoir de m'assoupir comme les derniers mots flous d'une page d'un livre qui viennent avant d'éteindre la lumière. Son nez se mit à grandir petitement au début puis s'allongea plus longuement. Ses oreilles grossissaient à vue d’œil puis s'étirèrent vers le haut, velues comme celles des ânes du Poitou. Je ne pus m'empêcher de rigoler. Non ce n'était pas Pinocchio dans l'écran mais «Le Béguey» notre coq gascon local alias Bruno Lafon maire de Facture Biganos parlant en tant que président du DFCI (défense des forêts contre l'incendie en Aquitaine), que je dus remettre le son:

«- Il faut arrêter l'urbanisation anarchique. Oui il faut l'arrêter. La bétonisation empêche l'eau de pluie de pénétrer dans la nappe phréatique.»

Je n'aurais jamais du remettre le son. Il fallait oser pour dire une chose pareille venant d'un gars qui injecte du béton partout dans sa propre ville. Je me devais d'appeler aussitôt Monsieur Bonsens pour qu'il aille prochainement lui remettre les pendules à l'heure. La bise marine se faisant toujours attendre, je laissais la fin du «Gendarme à Saint Tropez» me guider vers d'autres songes en me sortant peut être la tête de l’entonnoir.

 

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