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L'onde de choc qui arriva à mon cerveau fut plus puissante que l'éruption volcanique aux îles Tonga et le tsunami de tristesse qui déferla dans mon corps ramena en surface le pressentiment que j'avais enfouis au fond de mes tripes. Jean Jacques Savin est porté disparu ou bien il s'est transformé en un albatros pour voguer au dessus des flots ou il est parti rejoindre un banc de daurades pour nager dans les bleus de l'océan. Lors de notre rencontre juste après son exploit d'avoir traversé l’Atlantique dans un tonneau 

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il me raconta aussi sa profonde admiration qu'il portait pour Alain Bombard. Alors quand il m'annonça qu'il voulait se lancer le défi de traverser la Manche à la nage, la cohérence semblait être de mise face à son mentor. C'est bien plus tard par la presse que j'apprenais que finalement il avait décidé de vouloir traverser l'Atlantique à la rame. Aussitôt les récits de Gérard d'Aboville et surtout les mots de «Seul» sur sa traversée du Pacifique m’amenèrent une très grande inquiétude que je m'interdisais de vouloir lui transmettre mais mes craintes naissantes se métamorphosèrent en un putain de pressentiment malsain que je m'efforçais de garder pour moi. Seuls mes proches furent dans la confidence de mes émotions. J'ai recroisé Jean Jacques en pleine préparation de son canot quelques mois avant son départ. Entre deux bribes de conversation je lui demandais s'il était bien certain de vouloir faire ce périple et il me répondit:«Oui bien sûr, ça va le faire». Je souriais en signe d'approbation mais ce n'était pas la réponse que j'attendais. J'aurais aimé qu'il me dise:«Je vais le faire» car il me semblait qu'un doute était entré dans son audace mais qui étais je pour pouvoir lui dire une chose pareille? Alors je me suis tu.De toute manière Jean Jacques avait décidé d'aller au bout de son rêve et personne n'aurait pu l'en dissuader. Sa générosité créait de l'enthousiasme autour de lui, auprès de ses amis alors la marche arrière était désormais impossible. Sa lucidité à vouloir réaliser son exploit était loin d'être de la folie. C'était simplement son choix pour montrer que l'ivresse de la liberté poussée à son paroxysme est le seul but ultime de l'existence et il voulait nous le prouver en voulant nous faire partager son aventure. Je ne sais pas ou tu es Jean Jacques?... Aujourd'hui beaucoup de personnes ont le cœur gros... mais quoi qu'il en soit, à mes yeux, tu es devenu une légende comme tous ces aventuriers des mers qui ont été portés disparus. Bon vent à toi...

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