thalassa

Dans les années 80 il y avait deux grandes messes que je ne ratais jamais, « Thalassa » le vendredi soir et « les enfants du rock » le samedi soir avant de partir en bringue. Georges Pernoud agissait sur ma conscience comme un gourou bienveillant. Les reportages de « Thalassa » me permettaient de m'évader en me faisant découvrir les trésors du monde maritime sur tous les littoraux de la planète et de rencontrer des inconnus qui aimaient la mer. Une sacrée bouffée d'air frais et un éveil systématique pour le goût du voyage. Pendant quarante ans de diffusion, le bassin d'Arcachon y apparaissait parfois pour délivrer ses atouts mais pas que. Je me souviens d'un scandale en 2008 qui avait fait grand bruit dans le paysage audiovisuel français. En plein élection législative, l'émission devait être en direct sur le port d'Arcachon pour débattre sur le reportage proposé :« Bassin d'Arcachon, le dossier noir de la plaisance ». Le reporter Jean Marie Barrère disait :

« - Pour moi, c'était un sujet comme un autre. Des rapports de l'IFREMER montrent clairement les liens entre la pollution en hydrocarbures du bassin et la grande activité nautique du port d'Arcachon. Partant de là, je me suis notamment intéressé aux comportements des plaisanciers et aux peintures antifouling utilisées sur les coques des bateaux pour empêcher la fixation d'organismes vivants. Et donc à l'impact sur l'environnement des biocides qu'elles contiennent » (notez bien que nous sommes en 2008)

Le tournage effectué en septembre se retrouve diffusé en novembre juste avant les fêtes et les élections législatives. Le « ché Labanos » alias Olivier Laban, ancien président des ostréiculteurs naviguant dans les eaux des barons locaux devenu aujourd'hui vendeur d'huîtres-dégustateur, intrigué par le titre du reportage demanda son visionnage avant diffusion. Voici sa réaction :

« - Ce sujet est de la désinformation pure.( Pourtant enquête partant des rapports IFREMER) J'ai donc demandé au diffuseur de ne pas programmer, sans quoi je refusais d'intervenir sur le plateau et annulais la dégustation d'huîtres prévue.( qui sera quand même facturée à bon prix) Ras le bol de ces polémiques montées en épingle.(Ce n'est pas gentil pour le travail du reporter) C'est trop facile de zoomer sur des mégots ou des tâches d'huile dans l'eau en faisant passer les plaisanciers pour des salopards.( ah ah ! Ce n'est pas moi qui le dit) Tout ceci sans tenir compte des efforts que nous faisons depuis des années pour l'environnement.( Au contraire de la pollution, les efforts ne sont pas du tout visible) On n'a pas besoin de ça alors que, dans trois semaines, nous sommes censés réaliser 72% de notre chiffre d'affaires.( Voilà enfin la finalité de sa pensée..le pognon d'abord) »

Finalement Georges Pernoud avala sa casquette en proposant un direct différé sans intérêts pour ne pas froisser l'oligarchie en place et le reportage fut programmé à une date ultérieure, laissant le rédacteur en chef Jean Loiseau conclure :

« Non ce n'est pas l’Élysée, c'est le pape qui a interdit le reportage. »

https://www.telerama.fr/television/thalassa-en-eaux-troubles,36182.php

Quelques 12 années et des broutilles plus tard, « La pantoufle » alias François Déluga maire du Teich vient d'être réélu président du parc naturel marin du bassin d'Arcachon.J'ai déjà donné mon avis lors d'un précédent billet http://www.lecridelabernache.com/archives/2020/12/24/38722957.html mais il faut quand même revenir sur cette réélection ubuesque et déplorable pour la sauvegarde environnementale du bassin d'Arcachon. L'assemblée de cette honorable institution au titre désormais pompeux de Parc Naturel Marin est constituée essentiellement de membres totalement asservis à leur président pour que leurs propres intérêts et privilèges perdurent le plus longtemps possible et les membres contradicteurs tels que BAE (bassin arcachon écologie) et CEBA (Coordination environnement du bassin d'Arcachon) si utiles dans le débat ont été écartés pour être remplacés par l'association protection aménagement de Lège Cap Ferret qui crache sur la digue Bartherotte en proposant de mettre des boudins de sable pour lutter contre l'érosion dunaire, qui couine aux multiples effractions des permis de construire entraînant les rires gras des riches propriétaires et la Ligue de protection des oiseaux qui certes mérite amplement et sans équivoque le respect pour sauver des animaux mis en détresse par la disparition de leur espace naturel causée par l'urbanisation outrancière et l'artificialisation des sols décidés par quelques autres membres du conseil de gestion.

Le Parc Naturel Marin est le PMU du coin ou l'on se retrouve à l'apéro pour essayer de trouver la combinaison gagnante du quinté. Les ostréiculteurs auront un ou deux bateaux flambant neuf pour nettoyer leurs anciens parcs à huîtres qu'ils ont abandonné comme des malpropres et de nouvelles concessions à Arguin seront distribuées pour y poser leurs produits « huîtres » aux noms enchanteurs, les Pylatais auront leur plage réensablée avant l'été pour que les petits enfants de cette bourgeoisie puissent fourrer leur mains dans un sable immaculé et de beaux nichoirs seront offerts à la LPO. Qui dans cette assemblée osera critiquer les décisions politiques locales entraînant la frénésie de l'urbanisation et mettant en lumière l'obsolescence de la gestion des eaux pluviales et des eaux usées qui engendre la plus part des problèmes écologiques ? Qui osera apporter la contradiction ? Alors s'il vous plaît, surprenez moi, dites moi que je me trompe car depuis plus de dix ans je vous prouve que vous avez tort. Je ne suis pas un partisan de Vital Baude mais il aurait été logique d'offrir un nouveau regard, un nouveau souffle au Parc Naturel Marin car ses connaissances sur les problèmes environnementaux sont largement supérieures à celles d'un François Déluga qui ne voulait pas ce poste mais qui a cédé aux sirènes des intérêts politiques de l'oligarchie en place tout en mentant à ses administrés et à sa propre conscience. Il est toujours plus agréable de servir de la bonne soupe aux bons amis. Un paradis est toujours devant nos yeux mais nous sommes peu nombreux à le voir et si peu à le défendre.

Je suis certain que Monsieur Georges Pernoud doit être triste et déçu de voir le déclin du bassin d'Arcachon, lui qui toute sa vie nous guidait pour y voir la beauté et la fragilité. Je vous remercie du fond du cœur de m'avoir ouvert les yeux et fait un peu de ce que je suis aujourd'hui. Je m'incline et chapeau bas MONSIEUR. Bon vent Georges.

georges pernoud