plouf

Gamin je cherchais la meilleure solution pour que mon vélo de course Peugeot puisse faire le bruit d'une grosse cylindrée.  J'accrochais de gros cartons bien épais avec une pince à linge sur la fourche arrière pour que les rayons qui se frottaient dessus produisent le bruit d'une belle mécanique. Alors je filais à vive allure dans quartier pour que l'espace d'un moment la Honda CB 650 du voisin semblait m'appartenir toute entière. Quelques années plus tard c'était ma mobylette 103 SP que je laissais entre les mains de «Sid les mains d'or» qui était un orfèvre pour la transformer en bolide. Avec l'échange de carburateur et le pot d'échappement bidouillé je pouvais monter facilement à 90 km/h  me permettant de semer la gendarmerie qui me courait au fesses car la bécane en faisant un boucan d'enfer rendait fous tous les vieux des alentours. Entre potes nous nous retrouvions à «la sablière» ou nous avions établi un parcours de cross dans la forêt qui importunait les promeneurs et les ébats de couples adultères cachés au milieu des fougères. Alors quand j'ai vu que deux pétitions circulent pour interdire l'utilisation des jet ski sur le bassin d'Arcachon, le vieux con que je suis aurait pu se jeter dessus pour la signer, mais non. A vrai dire, je les hais farouchement tout autant que les plaisanciers qui font rugir leur moteur en passant près de mon kayak mais laissons de côté les bouffeurs de coque pour s'attarder plus longuement sur ces engins de mer qui sèment la discorde. Au deuxième jour du déconfinement l'envie d'aller pêcher était à son paroxysme après avoir avaler la frustration de l'interdiction imposée. Malgré le temps idéal et des conditions pas trop top car la bise marine ondulait le plan d'eau,  je décidais quand même de jeter mes cannes au Lucasson (le chenal après le port du bétey qui rejoint Taussat, ancien pite à mon grand père). Une fois bien en place, je savourais le bonheur de retrouver la quiétude de mon jardin d'enfance en surveillant la moindre touche qui me procurerait ma dose d'adrénaline. Ma joie fût de courte durée car des vroum vroum chassèrent le plouf plouf de mon embarcation. Trois jet ski venaient à mon encontre alors que le plan d'eau était pratiquement désert. Ce n'était pas la place qui manquait mais comme un aimant, ils se sont amusés autour de moi à toute berzingue à tourner virer sauter sur les vaguelettes. Je leur signalais par gestes d'aller faire joujou ailleurs et qu'ils m'emmerdaient royalement quand un jet ski de la meute, sûrement le chef, s'approcha doucement pour me parler. Aviator doré et verre miroir sur le nez, barbe soigné, muscle et tatoos sur les bras le gars était accompagné par une bimbo en deux pièces mini qui s'accrochait au gras du bide de son mec.

«-Qu'est ce que t'as connard, t'as un problème?

- Regarde autour de toi, tu as tout l'espace pour impressionner ta copine et avec tes amis vous venez à l'endroit où je pêche tranquillement. Voilà le problème.»

Pendant dix minutes ils ont tourné autour de moi riant au éclats, me secouant comme un prunier et m'arrachant un bas de ligne avant que l'intelligence de la demoiselle arrive à calmer la testostérone de ces messieurs afin de me libérer de la bêtise de ses amis.  Malheureusement ce récit n'est pas une fiction. D'abord le scooter de mer car jet ski est une marque a été créé dans un but purement récréatif. Son inventeur voulait retrouver sur l'eau les mêmes sensations que sur sa moto cross. L'utilisateur cherche avant tout l'adrénaline en enfourchant ces monstres de puissance. Il veut du vroum vroum, pas du plouf plouf. Le côté balade bucolique au fil de l'eau ne tient pas la route. Son essor malgré ses inconvénients est du aux collectivités locales avides de proposer un besoin comme appât pour engraisser le tourisme de masse comme un bon produit de marketing en tête de gondole. J'ai donc chercher les argumentaires pour affiner mon opinion sur cette polémique et un article sur«la dépêche du bassin» du 11 juin a éclairé ma lanterne.

Les pétitionnaires disent :«les scooters des mers sur le bassin d'Arcachon sont une pollution sonore et écologique. Sans compter les excès de vitesse et le non respect systématique des règles de nautisme»

Mis à part l'adjectif systématique il convient d'admettre le bon fondement de cet avis. Pollution sonore, ce serait de mauvaise foi de dire le contraire. Pollution écologique, ici aussi tout comme les bateaux, elle existe. Pour le reste il suffit simplement d'ouvrir les yeux. Pour la défense des scooters de mer le patron de Arcajet à Arcachon dont la devise est : « le plein de sensations fortes » se veut philosophe et essaye de contredire les a prioris :« N'est il pas vrai que l'ignorance est souvent la mère de toutes les craintes »

Stylo et feuille, vous avez quatre heures. Il a aussi l'argument qui fait mouche aux politiques et à l'opinion publique pour qu'ils entendent la sonnerie des tiroirs caisse qui s'ouvrent :« Nous faisons profiter pleinement l'économie locale(hôtels, restaurants, dégustations d’huîtres)...c'est aussi une vingtaine d'emplois en saison et environ 30 emplois indirects. »

Il prêche pour sa paroisse et défend à juste raison sa profession signalant même qu'il avait proposé un ensemble de mesures aux autorités compétentes afin de limiter les incivilités et permettre un partage raisonné du plan d'eau » Soit cette proposition était une astéride en bas d'une page, soit les autorités ne sont pas si compétentes pour vouloir les appliquer. Après il démonte des fakes news totalement absurdes qui se promènent sur les réseaux sociaux comme quoi les huîtres ne sentent pas le gas oil à cause des jets de turbine, que ces même jets ne tuent pas les poissons etc etc... pas la peine d'épiloguer même si il y aurait des choses à dire cependant il reconnaît quand même :« Nous rencontrons de plus en plus de problèmes liés à l'incivilité croissante. Certains s'autorisent à naviguer près des plages, dans les 300 mètres, à beacher sur les plages en zones interdites, à ne pas respecter les zones de baignades. Ces comportements doivent être réprimés avec vigueur et sont absolument non excusables. »

Si sa bonne foi peut paraître évidente, elle est quand même contradictoire avec les prestations que propose sa société car pour promettre des sensations fortes à 100 euros de l'heure sur des machines de 150 cv et plus il faut être sacrément crédule pour croire que la clientèle veut juste faire plouf plouf sans vroum vroum. Ce serait comme visiter les monuments de Paris en Ferrari en première et juste passer la seconde sur le périphérique.

Encore une fois et comme pour la polémique du banc d'Arguin c'est la situation économique qui veut être mis au premier plan avant la situation écologique. Nous revenons à grande vitesse au bon vieux temps d'avant et c'est regrettable. L'interdiction des scooters de mer existe en France, dans le parc national des calanques près de Marseille, sur le lac d'Annecy et du Bourget ou le lac Léman mais d'autres secteurs comme le golfe du Morbihan rencontrent une opposition féroce face à l'interdiction. Les plaisanciers dont les scooters des mers ont encore du temps devant eux pour faire des bras d'honneur à leurs détracteurs. Tant que les seigneurs de l'oligarchie arcachonnaise reste dans le déni sur la dégradation de la biodiversité sur le bassin, qu'ils auront la main mise sur le parc naturel marin et que le touriste soit heureux, il n'y a pas grand chose à faire mise à part combattre leurs idées mortifères de n'importe quelle manière et moi, je vais continuer à faire plouf plouf sur mon kayak.