marche

IMG_20161019_163021J'ai la tête vide. Ces gens devant moi avec leur masque ou leurs yeux lancent dans l'air de la suspicion nauséabonde me rendent profondément triste car ils recherchent coûte que coûte à retrouver la vie d'avant et sa société consommatrice de l'inutile quitte à souiller les plexiglas des enseignes mercantiles comme une prostituée retire le préservatif à son client. Terrorisés par la peur de crever ou de contaminer tante Simone, cette vieille chouette qu'ils haïssent en temps normal. Ce que je dis n'est pas bien, je sais.. Ma vieille mère avec sa vieille amie l'arthrose n'en pouvait plus de ne plus ressentir l'étreinte de son fils effacée par une solitude imposée sans avoir son mot à dire. Alors elle préféra prendre le risque de mourir avec de la tendresse que seule au milieu d'une détresse respiratoire. Elle a enclenché « la valse à mille temps de Jacques brel » sur son vieux radio cassette en me demandant de la faire danser. Joue contre joue, main dans la main nous avons tournoyé lentement autour de la table du salon puis je l'ai délicatement reposé dans son fauteuil relax. Ses yeux brillaient de mille feux et un sourire fendait son visage jusqu'au oreilles. Et si par malheur je venais de lui semer la graine de la mort, serais je pour autant un assassin ? Heureusement les rengaines de cette valse dans ma tête m'enlevèrent aussitôt le moindre doute.

Confinement à la kommandantur d'Arcachon. «Crème antirides»alias Yves Foulon l'ancien nouveau maire fraîchement élu haut la main observe sa ville confinée en pratiquant énergiquement la corde à sauter. Vêtu juste d'un petit short rose moulant, le corps dégoulinant de sueur il sautille comme un Mohamed Ali en petite forme. Soudain son regard se fige et ses yeux fixent la pointe de la grue de chantier face à lui. Il ouvre grandement ses oreilles à la recherche du moindre couinement qui pourrait lui mettre du baume au cœur ou le bruit d'une bétonnière, d'un marteau piqueur qui fracasserait ce maudit silence qui l'angoisse tant. Mais rien, pas un son. Seuls les cris d'une mouette rieuse qui passe dans le ciel clair semble se moquer de lui, accentuant momentanément son désespoir. Il passe la tête par la fenêtre dans l'espoir d'apercevoir une vieille rombière aficionados promenant son toutou ou une grosse berline à qui il pourra faire un coucou d'un signe de main mais seules les foulées d'un joggeur résonnent dans l'avenue qui sonne creux.

Au deuxième jour du déconfinement en pleine séance d'UV car le soleil approfondit les rides de son visage le bruit d'un pignon de crémaillère le sort de son bien être. Il se précipite à la fenêtre pour apercevoir deux ouvriers en train de remplir une bétoniere. Enfilant son peignoir en soie noire ou figurent ses initiales cousues au fil d'or il file à toute vitesse sur le chantier. Théo un vieux sénégalais qui attend toujours sa naturalisation, payé au ras des pâquerettes pour qu'il ferme sa gueule et Karim qui attend toujours son CDI regardent cet étrange petit bonhomme qui s'avance vers eux.

«- Messieurs quel bonheur de vous revoir, vous les bâtisseurs de ma cité. Laissez moi quelques minutes savourer le doux ronron de votre outils et renifler les senteurs du sable blanc que le béton transformera en forteresse pour gens aisés. Ma joie aurait été parfaite si je pouvais entendre le pouic-pouic de cette majestueuse grue jaune se fondre dans le ballet des rotations comme une valse enivrante qui serait le symbole de mon empire. Ah...Welcome mes amis !! »

 

Avant le confinement et après une énième nouvelle fessée électorale la libanaise chéguevariennne alias Anny bey avait rangé sa sulfateuse au placard et clôturé ses réseaux sociaux pour vouloir aller se perdre dans la chaleur écrasante du bush australien avec l'espoir de trouver de l'opale dans une mine désaffectée. Hélas, l'espace aérien étant fermé elle a pris le temps de ruminer sa rancœur pour digérer la défaite sous les pins de la presqu'île du Cap Ferret et revenir chargée en étant tout autant sulfureuse à la prise de fonction du nouveau maire de Lège Cap-Ferret«le dentiste» alias Philippe de Gonneville. Décidément cette dame est indécrottable. Après s'être fait rouler dans la farine puis jeter comme un kleenex par les ténors de la droite régionale, après avoir pris déculottée sur déculottée lors de divers élections publiques elle n'a retenu aucunes leçons préférant retourner dans l'arène avec son étendard. En politique il faut avoir certes un fort égo bien proportionné mais surtout pas surdimensionné, avoir un amour propre bien camouflé mais surtout pas exacerbé par crainte d'y mettre le feu, il faut savoir utiliser le double tranchant du sarcasme pour ne pas perdre sa crédibilité. Il ne suffit pas d'être une bonne opposante dans la contradiction, de sortir au grand jour des vérités établies mettant à mal le pouvoir en place car hélas... les gens n'aiment pas entendre un chien qui aboie tout le temps.

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Dès les premiers jours j'ai vite compris que le monde d'avant sera encore plus pire dans le monde d'après. Ce rêve de croire que cette pandémie était l'occasion de changer le monde aura perduré quelques temps, quelques jours pour devenir une sombre utopie qu'il faudra oublier rapidement. Je ne suis pas inquiet car tant que l'essentiel suffit à combler mes besoins, le reste n'est que dérisoire. Alors «les jours heureux» que promet notre mignon président de la république en imposant le paroxysme de l'absurde comme marche à suivre risque à la longue de fabriquer des gens malheureux qui seront fracassés par la crise économique qui va poindre son nez rapidement et la grogne sociale étouffée momentanément risque d'amener l'orage dans la chaleur écrasante. Alors si les pluies diluviennes du 11mai qui ont inondé le bassin d'Arcachon deviennent plus intenses et de plus longues durées les ostréiculteurs n'auront pas fini de voir le tsunami d'étrons et d'urine fétide de nos égouts envahir leurs cabanes pour se déverser directement dans les ports tuant net la dinophysis cette micro algues qui empêche la vente à emporter.(vidéos disponibles sur Internet) Le SIBA (syndicat intercommunal du bassin d'Arcachon) pourra produire une nouvelle campagne de communication pour le tourisme en promouvant la pêche à la truite landaise vagabondes depuis sa chambre et déguster du caviar sur un lit de sable fin. Que de belles images! Ainsi les habitants du val de leyre ne seront pas oubliés. 


Pendant le confinement à Facture Biganos «le béguey» petit coq en gascon alias Bruno Lafon  le maire fraîchement réélu s'est cloîtré dans son garage avec la ferme intention de bichonner sa Harley Davidson avec le doux rêve de transformer l'extension de sa zone commerciale qui attirera la masse gloutonne de consommateurs du bassin d'Arcachon et de ses environs en créant le plus gros rassemblement de bikers européens qui pourront laisser la gomme de leur engin sur le frais goudron des parkings. Il faut donc que sa bécane soit rutilante pour qu'à la fin du confinement il puisse parader dans les rues de sa ville pour annoncer fièrement son projet à ses administrés. C'est avec un stock de bière Kro, des rib's sauce barbecue à réchauffer et l'intégral de Métallica pour se mettre dans l'ambiance qu'il a entièrement démonté et remonté dix fois sa moto. Le moindre boulon la moindre vis nettoyés à la brosse à dents jusqu'à utiliser le coton tige pour aller chercher la lichette de cambouis cachée dans les cylindres, masser pendant de longues heures le cuir de la selle afin de mieux préserver son séant des bosses de l'asphalte puis lustrer tous les chromes jusqu'à apercevoir la blancheur de sa denture en effet miroir. Le jour j il découvre que l'abus de houblon et de gras de porc n'est pas un bon lubrifiant pour la fermeture éclair de son blouson en cuir puis il regarde langoureusement les cambrures de sa machine en se passant les doigts sur les lèvres:

«-Comme tu es belle..J'ai presque envie de te faire l'amour.»

Il enfourche son américaine et lui balance un coup de kick pour la démarrer..mais rien ne se passe. Un deuxième..mais toujours rien. Un troisième rien. Un quatrième..Hélas rien. Un cinquième...

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J'aurais pu continuer la valse des pantins sur la réélection au premier tour des autres maires du bassin d'Arcachon mais c'est la disparition de Guy Bedos qui coupa net mon envie car si je suis devenu profondément de gauche, c'est un peu grâce à lui et je le remercie éternellement. C'est dingue comme ils vont tous au paradis comme son ami Jean Loup Dabadie puis l'immense acteur Michel Piccoli dont aucuns navets n'ont poussé dans sa filmographie. Bon vent messieurs et merci encore.

Mon oncle Henri était un grand cinéphile et un bel alcoolique depuis que Nicole sa femme avait mis les voiles avec Bernard qui dirigeait une petite boite de maçonnerie dans le coin. A chaque réunion de famille quand il avait son compte il se levait de table pour nous faire le mime d'une scène de film qu'il fallait deviner. Autant dire que la rigolade était au rendez vous. A une cousinade la déprime plus lourde noyée dans le pastis l'avait amené sur les sommets. Il était cuit et recuit. Il poussa sa chaise brusquement et dut se reprendre à plusieurs reprises pour attraper la bouteille de jaune qu'il leva au dessus de sa tête. Comme le poète maudit il essaya de lui réciter en bafouillant le sketch « le lâcher de salopes «  de Jean Marie Bigard sous les regards médusés de l'assistance. Puis il s'arrêta net de parler pour essayer de se concentrer en devenant rouge pivoine. A cet instant je savais que le pire allait arriver, que le spectacle allait devenir grandiose. Il lâcha un énorme pet monstrueux hélas non contrôlé avant de basculer en arrière pour s'écrouler ivre mort. Ce n'est que quelques années plus tard quand j'ai revu « La grande bouffe » de Marco Ferreri ou Michel Piccoli déclame du Hamlet à une tête de veau, lâche un vent et meurt en tombant sur la table que j'ai compris que Henri avait réussi son coup car personnes n'avaient deviné le titre du film. C'était certes moins classieux que Piccoli mais c'était un excellent choix.

PS : Je me suis aperçu que certains de mes billets ont disparu. L'Hébergeur de mon site ne voyant pas la cause, je remets donc le billet du 01/01/2020 « Dix ans déjà »

 

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Dix ans déjà !! Une décennie à essayer de comprendre, à courir après le temps qui passe qui vous enveloppe comme une brume de mer et qui se dissipe au moindre rayon de soleil. Je me rappelle de la vidéo ou ma fille apparaissait en laissant tomber des feuilles de papiers ou elle dénonçait un projet d'urbanisation qui allait faire disparaître la forêt ou elle avait planté son arbre de naissance.

Prochainement elle va voler de ses propres ailes mais la chêneraie des Quinconces à Andernos les bains a été définitivement sauvée. Alors j'ai continué à écrire des billets d'humeur car le territoire sur lequel je vis ne correspond pas à l'image qu'on veut lui donner et pire, voir mon propre jardin d'enfance sombrer écologiquement m'est devenu insupportable. Beaucoup de questions étaient sans réponses et si mes certitudes n'étaient pas très loin, il fallait absolument aller chercher les réponses manquantes car je me sentais seul face à un vide abyssal que provoquait le silence de l'inaction. Le cri de la bernache est né et grâce à ce blog j'ai pu trouver énormément de réponses, rencontrer de bonnes personnes et échanger des informations avec des lecteurs et des lectrices. Je réponds aussi à mes détracteurs car parfois ils réussissent à me faire douter. Aujourd'hui je suis au regret de vous annoncer catégoriquement que l'âme et l'esprit du bassin d'Arcachon ont disparu définitivement. C'est ainsi, il ne faut pas se mentir à soi même et faire le deuil d'une époque révolue. Je le conçois pleinement car le monde est en mouvement et l'humain doit s'adapter pour espérer transmettre un monde meilleur aux générations suivantes. Si on regarde actuellement la situation de la planète, même si de bonnes choses sont positives ci et là , qu'il y a du mieux sur certains points , il est difficile d'être objectivement serein et optimiste sur un avenir à long terme. Loin de moi les idées négationnistes ou complotistes, il suffit de faire un simple constat de la situation juste en levant les yeux pour regarder autour de soi. Les premiers habitants du bassin d'Arcachon gascons et basques ont quitté leur terre natale pour trouver un lieu avec une douceur de vie incomparable et même si il fallait tout construire ils décidèrent que le jeu en valait la chandelle. Ils plantèrent des pins pour stabiliser les sols sableux afin de bâtir leurs maisons dessus profitant du gemmage comme source de revenu en complément de la pêche avant que le travail de l’huître n'arrive. Les bains de mer et le bon air iodé attirèrent très vite la bourgeoisie bordelaise qui s'installa à Arcachon provoquant l'arrivée rapide du chemin de fer pour parfaire son aura et participer aussi au développement du territoire. Mis à part cette ville, le bassin était constitué de petits villages devenant vite ostréicoles. Si le charme du coin était enjôleur, le labeur était dur et sans pitié. Les familles se sont soudées pour faire face à l'adversité ne laissant pas de place à la solidarité. Sans faire de philosophie à deux sous, on pourrait définir cela par une forme de stoïcisme ou il faut bâtir sa tour d'ivoire en acceptant le fatalisme. Des noms se sont formés et crées des empires perpétrant cette culture de génération en génération ou le plan d'eau était respecté et protégé. L'esprit bassin venait d'écrire ses lettres de noblesse jusqu'aux années 70 ou le pouvoir en place décida d'insuffler de la modernité dans ce monde paysan de la mer. Il a fallut trouver la bonne martingale pour allier les grandes familles au projet de développement et les associer avec la manne du tourisme en plein extension. Ainsi une oligarchie se mit tranquillement en place pour gérer au mieux cette cohabitation et donner l'impression de ne léser personne. Tout le monde prouvait prospérer sans se soucier de l'autre dans un cadre idyllique. Hélas les différentes crises économiques, le libéralisme sauvage et l'oligarchie ont disloqué les vieilles familles ostréicoles étouffant à feu doux l’âme du bassin d'Arcachon, détruisant outrageusement le système écologique en essayant de ne garder l'esprit bassin que comme un simple outil de communication. C'est le stoïcisme de nos ancêtres qui n'ont pas vu ou refusé de voir le loup venir et c'est en rencontrant Joël Dupuch que ma conviction s'est faite entièrement. C'est un roc, c'est un pic c'est une péninsule c'est notre Depardieu local mais dans un coin sur la terrasse de son fief devant une tasse de café, le cigarillos aux lèvres en feuilletant les pages du journal il est totalement fondu dans dans l'atmosphère des clients du petit matin qui refont le monde. J'étais presque gêné de casser son rituel mais j'avais besoin d'entendre son avis pour affiner ma réflexion sur le déclin du bassin d'Arcachon. Une sérénité se dégage de ses yeux bleus et c'est avec bienveillance qu'il écoute mes propos. Je m'aperçois très vite qu'il connaît pleinement la problématique du bassin mais il préfère botter en touche renvoyant la balle aux décisions politiques. Ce fatalisme brut me déstabilise un peu alors étant un enfant du sérail comme lui depuis six générations je tourne la conversation vers la transmission. Quel coin de paradis va t'il laisser à sa fille? Son emploi du temps l'oblige à couper court cet entretien mais il me laisse ses coordonnées personnelles me demandant de lui envoyer toutes les questions que je voulais et qu'il y répondrait. Chose que j'ai faite et que j'ai réitéré plusieurs fois mais sans aucunes réponses de sa part. Finalement en agissant ainsi, j'avais ma réponse. Il avait réussi à se construire son paradis et tant qu'il pourra déguster ses impératrices, le reste importe peu. Je n'ai pas de jugement et c'est très respectable même si j'aurai aimé lire ses réponses sauf que je ne partage pas tout à fait cette philosophie. J'ai cette phrase de mon grand père qui résonne toujours encore dans ma tête. Je devais avoir une douzaine d'années et nous attendions de relever le filet pour les vendangeurs en observant la féerie du ciel couchant. J'étais fasciné par la beauté peut être plus fort encore qu'aujourd'hui. Et avec son petit sourire et sa voix calme :

« Le bassin, prend en soin ...»

 

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C'est dans la lutte, en refusant la croyance du fatalisme afin de faire exister les causes justes que la transmission a perduré et qui m'a permis d'apprendre à dire non. Je lui en serai éternellement reconnaissant. Dans les maisons de nos ancêtres le minimalisme était juste essentiel car le bassin suffisait à être tout. Aujourd'hui Nous avons tout dans nos maisons et le bassin n'est plus rien qu'un décor aux lumières changeantes. Sauf que sans le bassin nous ne sommes plus rien. Au fil de ces années passées, les consciences ont quand même un peu bougé même si pour certains, une majorité hélas, il est encore difficile d'accepter d'aller vers la transition écologique . L'oligarchie arcachonnaise en place applique outrageusement le green washing comme alibi face à leurs actions dévastatrices pour l'environnement mais si leurs décisions deviennent de moins en moins convaincantes, elles rassurent encore leur électorat pour qu'il puisse avoir toujours une part de gâteau. Les prochaines élections municipales vont donner le ton et la vision pour les années à venir et c'est à chaque citoyen de prendre la bonne décision pour mettre en place cette transition. Nous sommes un petit territoire de 150 km carré et ce nouveau challenge, comme nos ancêtres,en vaut vraiment la chandelle. Il pourrait même servir d'exemple et provoquer une synergie si nécessaire. Nous sommes en période de vœux, alors allons y gaîment, croyons que c'est possible !!!