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Mon silence n'est pas du à la campagne électorale des municipales sur le bassin d'Arcachon sur laquelle j'ai déjà bien écrit mais sur mon besoin d'aller voir ailleurs pour me ressourcer. La nouvelle ligne aérienne directe Bordeaux-Ouarzazate a été comme un signe comme quoi il fallait que je rende enfin visite à Hamid, un vieil ami de longue date que j'avais rencontré alors qu'il faisait des études de commerce dans la capitale girondine. Au regard de l'ambiance actuelle avec son lot de fiel déversé pour les césar, la psychose surmédiatisée du Coronavirus étouffant la souffrance des migrants dans l'indifférence totale tout comme la folie meurtrière du boucher de Damas il est grand temps d'emmener ma petite famille retrouver mon ami. Hamid est un berbère. Un amazigh qui n'avait pas réussi à trouver sa place dans la métropole préférant retourner près des siens afin de redevenir soi même. Il possède désormais quelques boutiques artisanales  mais il a pris trois jours pour vouloir nous faire découvrir sa culture et surtout nous faire rencontrer sa mère qui vit encore avec ses deux dernières sœurs dans un village berbère à flan de montagne dans la vallée du Todra près de Tinghir. Heureusement le village se trouve à un kilomètre de la route principale car le 4x4 souffre sur les rampes d'une piste défoncée. Autre avantage l'électricité est arrivé depuis peu mais pour l'eau courante, elle devrait arriver un de ces jours si « Inch Allah ». De vieilles bâtisses de pierres et de torchis hors du temps se dressent dans ce décors rocailleux ou il ne reste qu'à peine cinq à huit familles qui continuent de perpétuer leur culture. Sur un flan de montagne un jeune berbère assis sur une pierre fixe l'horizon en surveillant ses chèvres broutant paisiblement le vert qui sort entre les roches. Même si les conditions de vie semblent difficiles, une atmosphère chaleureuse et paisible vous happe entièrement. Une femme charge l'âne de gros bidons pour aller récupérer de l'eau dans le oued en contre bas ou à la palmeraie plus loin. Un potier sous une petite toile de tente qui le protège du soleil façonne une jarre avec de la terre glaise par des gestes ancestraux transmis de génération en génération avant de la laisser sécher au soleil. Il faut bien comprendre que ce peuple est toujours encore marginalisé par le pouvoir marocain même si ce dernier fait des efforts mais les amazighs s'en fichent car ils s'autosuffisent à eux même. Hamid a voulu quand même apprendre l'arabe et les bases de français à ses sœurs pour qu'elles puissent aller à l'école en descendant jusqu'à la route pour attendre un hypothétique bus scolaire aux horaires de ramassage très aléatoires. Sa mère est venue à notre encontre en proférant des mots tendres à son fils. Dans ses yeux coulait de l'amour pur. C'était troublant, d'une force incroyable. Nous fûmes invités à partager une omelette berbère avec du pain et du thé. Nous étions totalement sous le charme de cette hospitalité unique, transportés dans des instants magiques que même les smartphones des enfants restaient silencieux. Après le repas nous partîmes pour une marche de deux heures dans le reg afin d'arriver au sommet des gorges et découvrir un décor somptueux baigné par la lumière d'un soleil généreux. En une journée nous venions de prendre une leçon d'humilité bienfaitrice. A notre retour, les chèvres commençaient à redescendre vers le village mais le jeune continuait à regarder le ciel. Au fait, amazigh est une lettre de leur alphabet (le z) mais c'est aussi un mot, un signe qui veut dire « Homme libre » et cela me plaît beaucoup. C'était une petite parenthèse de notre séjour parmi d'autres aussi enrichissantes mais je voudrais aussi revenir sur ces plastiques accrochés à perte de vue sur les cailloux des regs qui séparent les villes et villages rapprochés dans les vallées. C'est effrayant, terrifiant jusqu'à l'intérieur des oueds. Partout. Le peuple marocain essaye de lutter en remplaçant les poches par des fibres recyclables et si la réalité du quotidien est beaucoup plus prioritaire, les dégâts sont vraiment considérables. Ça fait mal aux tripes. Voilà désormais j'ai retrouvé mon monde barbare pour attendre les résultats du premier tour des élections municipales. La saveur n'est pas la même.

hamid