Alize-PRISCILLA-LA-FOLLE-DU-DESERT-15

Dix ans déjà !! Une décennie à essayer de comprendre, à courir après le temps qui passe qui vous enveloppe comme une brume de mer et qui se dissipe au moindre rayon de soleil. Je me rappelle de la vidéo ou ma fille apparaissait en laissant tomber des feuilles de papiers ou elle dénonçait un projet d'urbanisation qui allait faire disparaître la forêt ou elle avait planté son arbre de naissance.

 

Prochainement elle va voler de ses propres ailes mais la chêneraie des Quinconces à Andernos les bains a été définitivement sauvée. Alors j'ai continué à écrire des billets d'humeur car le territoire sur lequel je vis ne correspond pas à l'image qu'on veut lui donner et pire, voir mon propre jardin d'enfance sombrer écologiquement m'est devenu insupportable. Beaucoup de questions étaient sans réponses et si mes certitudes n'étaient pas très loin, il fallait absolument aller chercher les réponses manquantes car je me sentais seul face à un vide abyssal que provoquait le silence de l'inaction. Le cri de la bernache est né et grâce à ce blog j'ai pu trouver énormément de réponses, rencontrer de bonnes personnes et échanger des informations avec des lecteurs et des lectrices. Je réponds aussi à mes détracteurs car parfois ils réussissent à me faire douter. Aujourd'hui je suis au regret de vous annoncer catégoriquement que l'âme et l'esprit du bassin d'Arcachon ont disparu définitivement. C'est ainsi, il ne faut pas se mentir à soi même et faire le deuil d'une époque révolue. Je le conçois pleinement car le monde est en mouvement et l'humain doit s'adapter pour espérer transmettre un monde meilleur aux générations suivantes. Si on regarde actuellement la situation de la planète, même si de bonnes choses sont positives ci et là , qu'il y a du mieux sur certains points , il est difficile d'être objectivement serein et optimiste sur un avenir à long terme. Loin de moi les idées négationnistes ou complotistes, il suffit de faire un simple constat de la situation juste en levant les yeux pour regarder autour de soi. Les premiers habitants du bassin d'Arcachon gascons et basques ont quitté leur terre natale pour trouver un lieu avec une douceur de vie incomparable et même si il fallait tout construire ils décidèrent que le jeu en valait la chandelle. Ils plantèrent des pins pour stabiliser les sols sableux afin de bâtir leurs maisons dessus profitant du gemmage comme source de revenu en complément de la pêche avant que le travail de l’huître n'arrive. Les bains de mer et le bon air iodé attirèrent très vite la bourgeoisie bordelaise qui s'installa à Arcachon provoquant l'arrivée rapide du chemin de fer pour parfaire son aura et participer aussi au développement du territoire. Mis à part cette ville, le bassin était constitué de petits villages devenant vite ostréicoles. Si le charme du coin était enjôleur, le labeur était dur et sans pitié. Les familles se sont soudées pour faire face à l'adversité ne laissant pas de place à la solidarité. Sans faire de philosophie à deux sous, on pourrait définir cela par une forme de stoïcisme ou il faut bâtir sa tour d'ivoire en acceptant le fatalisme. Des noms se sont formés et crées des empires perpétrant cette culture de génération en génération ou le plan d'eau était respecté et protégé. L'esprit bassin venait d'écrire ses lettres de noblesse jusqu'aux années 70 ou le pouvoir en place décida d'insuffler de la modernité dans ce monde paysan de la mer. Il a fallut trouver la bonne martingale pour allier les grandes familles au projet de développement et les associer avec la manne du tourisme en plein extension. Ainsi une oligarchie se mit tranquillement en place pour gérer au mieux cette cohabitation et donner l'impression de ne léser personne. Tout le monde prouvait prospérer sans se soucier de l'autre dans un cadre idyllique. Hélas les différentes crises économiques, le libéralisme sauvage et l'oligarchie ont disloqué les vieilles familles ostréicoles étouffant à feu doux l’âme du bassin d'Arcachon, détruisant outrageusement le système écologique en essayant de ne garder l'esprit bassin que comme un simple outil de communication. C'est le stoïcisme de nos ancêtres qui n'ont pas vu ou refusé de voir le loup venir et c'est en rencontrant Joël Dupuch que ma conviction s'est faite entièrement. C'est un roc, c'est un pic c'est une péninsule c'est notre Depardieu local mais dans un coin sur la terrasse de son fief devant une tasse de café, le cigarillos aux lèvres en feuilletant les pages du journal il est totalement fondu dans dans l'atmosphère des clients du petit matin qui refont le monde. J'étais presque gêné de casser son rituel mais j'avais besoin d'entendre son avis pour affiner ma réflexion sur le déclin du bassin d'Arcachon.  Une sérénité se dégage de ses yeux bleus et c'est avec bienveillance qu'il écoute mes propos. Je m'aperçois très vite qu'il connaît pleinement la problématique du bassin mais il préfère botter en touche renvoyant la balle aux décisions politiques. Ce fatalisme brut me déstabilise un peu alors étant un enfant du sérail depuis six générations comme lui  je tourne la conversation vers la transmission. Quel coin de paradis va t'il laisser à sa fille? Son emploi du temps l'oblige à couper court cet entretien mais il me laisse ses coordonnées personnelles me demandant de lui envoyer toutes les questions que je voulais et qu'il y répondrait. Chose que j'ai faite et que j'ai réitéré plusieurs fois mais sans aucunes réponses de sa part. Finalement en agissant ainsi, j'avais ma réponse. Il avait réussi à se construire son paradis et tant qu'il pourra déguster ses impératrices, le reste importe peu. Je n'ai pas de jugement et c'est très respectable même si j'aurai aimé lire ses réponses sauf que je ne partage pas tout à fait cette philosophie. J'ai cette phrase de mon grand père qui résonne toujours encore dans ma tête. Je devais avoir une douzaine d'années et nous attendions de relever le filet pour les vendangeurs en observant la féerie du ciel couchant. J'étais fasciné par la beauté peut être plus fort encore qu'aujourd'hui. Et avec son petit sourire et sa voix calme :

« Le bassin, prend en soin ...»

C'est dans la lutte, en refusant la croyance du fatalisme afin de faire exister les causes justes que la transmission a perduré dans le temps et qui m'a permis d'apprendre à dire non. Je lui en serai éternellement reconnaissant. Dans les maisons de nos ancêtres le minimalisme était juste essentiel car le bassin suffisait à être tout. Aujourd'hui Nous avons tout dans nos maisons et le bassin n'est plus rien qu'un décor aux lumières changeantes. Sauf que sans le bassin nous ne sommes plus rien.

Au fil de ces années passées, les consciences ont quand même un peu bougé même si pour certains, encore une majorité hélas, il est encore difficile d'accepter d'aller vers la transition écologique . L'oligarchie arcachonnaise en place applique outrageusement le green washing comme alibi face à leurs actions dévastatrices pour l'environnement mais si leurs décisions deviennent de moins en moins convaincantes, elles rassurent encore leur électorat pour qu'il puisse avoir toujours une part de gâteau. Les prochaines élections municipales vont donner le ton et la vision pour les années à venir et c'est à chaque citoyen de prendre la bonne décision pour mettre en place cette transition. Nous sommes un petit territoire de 150 km carré et ce nouveau challenge, comme nos ancêtres,en vaut vraiment la chandelle. Il pourrait même servir d'exemple et provoquer une synergie si nécessaire. Nous sommes en période de vœux, alors allons y gaîment, croyons que c'est possible !!!

 

boyton