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Après s'être fait griller la carcasse pendant deux mois en juin-juillet, c'est un joli temps bien printanier qui sévit en août sur le bassin d'Arcachon pour mon plus grand bonheur. Sauf que le vacancier du mois d'août déjà assez désagréable au naturel est en train de devenir furax. Trop peu de temps pour mater les formes sensuelles des jolies naïades ou les torses imberbes aux barres abdominales protubérantes qui fondent dans les eaux cristallines de l'océan Atlantique délaissant l'ardeur du sable chaud et trop de temps à entendre le «qu'est ce qu'on fait?» de ses chérubins dans une location bien trop chère afin de mettre un pull sur les épaules le soir,pour siroter un mojito sur la terrasse. Je ne sais pas si c'est moi, mais j'ai l'impression que c'est la deuxième année que le nombre de touristes est en baisse contrairement à l'argent public investi dans la promotion touristique de ce territoire. Entre nous, cela ne me dérange nullement. (Les touristes en moins.. pas le pognon gaspillé). Une remise en question des priorités serait bienvenue mais gardons les pieds sur terre, l'ambition des édiles va vite reprendre le dessus. L'heure des comptes va bientôt sonner affichant la soupe à la grimace sur la mine de certains commerçants. Ce qui va suivre est véridique:

Soir du 15 août, 21heures 30 pour le deuxième service dans un restaurant sur un port ostréicole du bassin d'Arcachon. Nous sommes avec un couple d'amis et il reste quelques tables qui achèvent leur repas. L'ambiance est très calme et les serveurs s'activent déjà à ranger la salle pour le lendemain. Sur la carte, surprise totale car aucuns poissons du bassin d'Arcachon n'y figurent ou alors ils ont été effacé. Le morceau de lieu est vendu et cuit au prix d'un dos de cabillaud. J'opte pour un plateau de fruits de mer à 28 euros. Comme c'était parti, je ne m'attendais pas au grand soir mais une fois arrivé devant mes yeux, j'ai été totalement sidéré. Outre le fait qu'il y avait deux grosses pinces de crabes, six petits bulots et son dès à coudre de mayonnaise pas terrible, deux petits ramequins de bigorneaux, de petites crevettes grises de Bretagne et cinq crevettes roses décongelées du supermarché du coin puis six huîtres charentaises attendaient d'être englouties sur leur lit de glace. Je n'en croyais pas mes yeux. Je poussais alors le vice de demander au serveur si les huîtres étaient traditionnelles ou triploïdes(modifiées génétiquement) et ce dernier, avec un terrible aplomb me répondit:

«-Monsieur toutes Nos huîtres naturelles proviennent de nos parcs situés à Arguin.»

Regarder dans les yeux quelqu'un qui vous prend pour un con peux être jubilatoire mais je n'étais plus trop d'humeur à plaisanter.

«- Désolé mais ces huîtres ne sont pas d'ici»

Vu ma tronche le gars faisait demi tour pour aller discutailler avec le patron qui recomptait les additions derrière sa caisse puis revenait vers nous la queue entre les jambes.

«- Effectivement nous sommes désolé, nous n'en avions plus à portée de main donc nous avons mis les Marennes-Oléron qui restaient...Comme il est tard (22h15) la cuisine demande si vous voulez des desserts»

Nous nous sommes tous regardé stupéfaits avant d'éclater de rire face à cette situation ubuesque.

«- Non merci nous irons les prendre ailleurs. La Cuenta por favor.

- la coin quoi?!

-l'addition s'il vous plaît.»

Bien sûr il ne faut pas généraliser. Il existe d'excellentes adresses sérieuses mais ce genre de comportement augmente de plus en plus pour répondre le plus lucrativement à l'afflux du tourisme de masse.  Vivement la rentrée,  que cette effervescence retombe doucement pour profiter pleinement et attendre une fenêtre météo qui me permettra d'aller pêcher quelques petits casserons avant une hypothétique venue de l'été indien pour que les indigènes dont je fais parti puissent les savourer entre amis autour d'une plancha en regardant les mauves s'installer dans le soleil couchant. C'est à cet instant précis que je pourrais me mettre à rêver, à laisser mon âme divaguer dans les sourires de mes proches pour croire peut-être qu'un jour le vert des zostères de mon jardin d'enfance reviendra remplacer l'ocre de la vase qui assombrit l'eau de baignade des vacanciers. En ce qui concerne le projet train-tram pour le contournement du nord bassin d'Arcachon je préfère rester réaliste même si j'adhère entièrement à ce concept rempli de bons sens. Qui peut croire qu'un tramway même silencieux puisse traverser tous les centre-ville des communes par la piste cyclable sans que personne ne s'en offusque? Je vois d'ici les hordes de retraités venir manifester aux portes des mairies pour conserver leur conformisme bien douillet. Les seigneurs de l'oligarchie arcachonnaise le savent bien et ils ont du déjà anticipé un contournement routier bien polluant en dehors des villes qui plus tard pourra ouvrir de nouvelles voies d'urbanisation qui donneront du travail aux amis promoteurs immobiliers ainsi qu'un juteux retour sur investissement, au nom bien sûr du développement durable.

http://www.ladepechedubassin.fr/2018/06/21/actualites/tram-train-grand-oublie-futur-reseau-de-transport/

Alors pour chasser mon spleen en cette nuit fraîche de fin d'été, je décidais d'errer de port en port à la recherche d'un parfum d'iode qui pourrait me réconcilier avec moi même. Une lumière à flanc d'une cabane ostréicole attira mon attention. De loin cela ressemblait à un distributeur de pizza comme on en rencontre parfois ci et là dans des endroits paumés ou les zones industrielles mais sous les sunlights de casiers, des bourriches d'huîtres paradaient comme de banales putains dans les vitrines des rues d'Amsterdam. À la différence que, chez nos amis bataves tu choisis ce que tu consommes. «Distributeur réfrigéré de nos huîtres» est écrit sur la façade design alors... les mots«Nos huîtres» lâchés par l'autre zozo de serveur du restaurant revenaient en écho à mes oreilles, pour me faire sourire tout en levant les yeux au ciel. Il ne manquait plus que le panneau« Deux achetées, la troisième est gratuite»

https://www.sudouest.fr/2019/08/14/video-bassin-d-arcachon-un-premier-distributeur-d-huitres-a-gujan-mestras-6445121-10414.php

Heureusement le soleil fait son retour ce week-end alors pendant que les aoûtiens prendront la chaleur à l'arrêt sur l'asphalte d'une file d'autoroute en supportant les répétitifs« Quand est ce qu'on arrive?» de leur progéniture, je filerais à l'océan en scooter avec ma belle à l'arrière qui serrera fermement ma bedaine puis somnolant tranquillement à l'ombre du petit parasol j'attendrais qu'elle me dise:

«-tu viens te baigner?»

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Je veux rendre hommage à cet homme qui a su rester libre tout au long de sa vie pour créer une œuvre cinématographique inclassable, quelque peu inégale, parfois bâclée mais aussi géniale, satirique et toujours sincère. Aimé ou détesté il a lutté pour que sa passion puisse lui permettre d'exister. Respect Monsieur Jean-Pierre Mocky, bon vent et je vous offre cette photo détournée pour rigoler un bon coup avant d'entrer dans l'au-delà.

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