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Nom de dieu, 27 degrés en février!! Cette année nous avons décidé de ne pas partir en voyage sous les tropiques et ma femme est en train de bronzer en string sur la terrasse du jardin. Certes nous faisons de bien belles économies mais se trempouiller à marée haute au nord du bassin d'Arcachon n'est pas comparable à un lagon de l'océan indien. Si la température de l'eau peut s'y rapprocher l'été, que quand je m'y baigne je ressemble à un lardon dans une garbure, les ocres garonnesques ont depuis bien longtemps effacer les bleus translucides de la mer. De mon côté j'en profite pour mettre en exergue mon don de contemplation et il va s'en dire que la vaillance s'évapore de mon esprit aussi vite que l'argent de poche de mes gamins. Je laisse le soleil me lécher langoureusement le visage pour que cette délicieuse chaleur se propage jusqu'au moindre de mes orteils, tout en jetant un œil sur les fesses d'Isa. De plus, cela tombe bien car je n'ai rien à faire et rien de prévu non plus. J'observe l'herbe pousser en buvant un café et je suis très heureux. Je remarque cependant que les chardonnerets et les bergeronnettes sont aux abonnés absents. Depuis quelques années déjà, le chant et les gambades de ces petits passereaux me manquent terriblement. Comme le cri du coucou qui désormais reste aphone. Je me souviens quand gamin la mélodie arrivait à nos oreilles et que mon grand père me demandait si j'avais de l'argent en poche de peur de manquer le reste de l'année. Bien évidemment il savait très bien qu'un minot comme moi ne possédait aucun centime dans la poche de mon short et que la pièce de cinq francs qui me donnerait pour pallier le manque d'argent allait vite être dilapidée en malabars et carambars. J'aimerai tellement réentendre le son du coucou mais comme les arbres autour de chez moi ont été remplacé par des maisons, je laisse quand même le soin à mes souvenirs de me le remettre dans les oreilles. Malheureusement, si je préfère la regarder pousser, mon abruti de voisin choisit une nouvelle fois l'heure de la sieste pour couper sa pelouse. Il est nouveau dans le quartier et cela fait deux fois déjà que je lui ai expliqué gentiment, avec le sourire, qu'il existait des règles de civisme délivrant des heures pour les besognes tapageuses. Pourtant il est à la retraite, il a toute la semaine pour le tondre tranquillement son jardin mais le monsieur a décidé de préférer le week-end, soit à la digestion ou soit en soirée au début de l'apéro. Je pense qu'il va falloir encore aller le voir pour qu'il puisse me livrer une explication qui tient la route à son agissement pour ne pas prendre ma galette en pleine tronche et si ça ne suffit pas je prendrai la masse pour lui fracasser sa tondeuse. Je crois même que je vais y aller directement avec la masse.

«-Cool chéri...c'est un gros con...»

Isa a bien raison et en ce moment la connerie revient tâcher l'esprit français. L'histoire du hijab de Décathlon en est le plus bel exemple. C'est du même calibre que l'affaire du burkini qui avait défrayé la chronique du temps de Sarkozy. Je n'arrive toujours pas à comprendre le pourquoi d'une telle haine. La régression plonge les consciences dans les pages les plus sombres des livres d'histoire alors que nous sommes censés construire un monde qui ne referait plus les erreurs du passé. Le hijab de sport existe déjà permettant aux pratiquantes musulmanes d'être plus à l'aise quand elles courent. Ou est le problème ? Ou est le mal? Les islamophobes sont aussi cons que les catholiques qui donnent l'impunité à un prêtre pédophile et aussi abrutis que des antisémites  qui dessinent des croix gammées. Ces gens sont de vrais cons qui me répugnent fortement. Si ma femme me demande d'être cool, je sais pertinemment que même si les rayons de ce soleil hivernal lui caressent le bas du dos, elle est triste de ne pas pouvoir voyager pour se confronter à une autre culture et oublier pour quelques jours, tous les cons qui nous entourent. J'aime tant la regarder dans un autre contexte pour apercevoir son âme dans le regard des autres. Je me souviens d'une randonnée dans les montagnes d'Oman ou malgré l'altitude, le soleil cognait sec et dans un sublime panorama les pentes raides avaient déjà bien cassé nos jambes. Nous profitions d'une pause à l'ombre de petits arbustes quand un vieil homme tout de blanc vêtu, une canne à la main surgissait du chemin sans être essoufflé. Il regarda Isa et lui adressa la parole dans sa langue. Ses mots semblaient doux, harmonieux presque chantants. On ne comprenait rien mais nous étions sous le charme. Il prit alors ses mains dans les siennes en continuant de s'exprimer paisiblement. Juste pour être en contact, être en phase. Isa rayonnait de bonheur, transportée dans une autre dimension. Tirant sur ma cigarette j'observais cette scène avec délectation. Puis le bonhomme la salua poliment avant de la quitter pour continuer sa route. En passant devant moi, il me jeta un regard noir pour me dire «Don't smoke» avant de me lâcher un grand sourire ou l'or était plus présent que l’émail.

Le voyage est notre bouteille d'oxygène et aujourd'hui s'il nous manque un peu d'air c'est peut-être la faute à nos semblables qui choisissent d'embellir leur égoïsme au détriment de toutes formes de vie oubliant l'humilité d'un geste bienveillant. La bêtise des uns et la stupidité des autres peuvent prêter à sourire pour gommer l'amertume afin de ne pas se perdre soi même dans une époque aux mœurs chaotiques. C'est bien simple, le maire d'Arcachon Yves Foulon alias«crème antirides» donne gratuitement presque plus de vélo à ses administrés qu'il y a d'habitants. Dans chaque chambre de la maternité un vélo est offert au nouveau né et si il continue à ce rythme, il pourrait en distribuer 30000 sans se poser de questions. 1,5 millions d'euros de cadeaux ne semble déranger personne alors que certaines associations caritatives comptent les centimes d'euros pour boucler leur budget tout comme les sauveteurs en mer. Même la générosité a ses limites.

Alors il est temps maintenant de me remettre à l'ordinateur pour écrire quelques mots d'un billet qui me donnera un peu d'air.

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