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Dans cette période estivale ou les stations balnéaires ronronnent dans la luxure pour capter des devises dans une météo défavorable, ou les élus locaux font acte de présence dans les fiestas quitte à faire un Paquito endiablé pour que les touristes oublient le manque de soleil, j'aime me promener à pied dans les rues de mon quartier pour ressentir pleinement le brouhaha des humeurs de vacances avant de finir sur la plage pour apaiser mon âme sur les contrastes d'un couchant. Après avoir été chastes comme des nonnes, les résidences secondaires bayent aux corneilles libérant des partitions libidineuses de la vie. Mon voisin René a ouvert les portes fenêtre de son salon pour profiter d'une hypothétique bise qui pourrait rafraîchir sa carcasse et l'énigme du père Fouras résonne dans tout le quartier. Avachi dans son fauteuil la bouche ouverte, les anxiolytiques s'obstinent à lui fournir la réponse. Je ne peux vraiment pas l'aider car je suis nul aux devinettes.  Les éclats de rire et les engueulades tombent en morceaux dans la moiteur puis le bruit des bouchons de bouteilles sert d'alibi à la convivialité. Un jeune aux bras tatoués, adossé à l'encadrement de la fenêtre de sa chambre sirote une bière qu'il tient entre le pouce et l'index en écoutant un rap bien crade. À la croisée de nos regards il monte le son de sa Bose portative. A la fenêtre d'une cuisine des femmes rigolent de vives voies aux exploits de Dédé sur une partie de pétanque improvisée après un apéro corsé. Le temps maussade l'a empêché de poser ses fesses sur le banc d'Arguin alors il s 'est vengé à coup de pastis car le jaune est sa couleur favorite. Sur la plage, la mer tire sa révérence et mon fils qui revient sur son paddle a la banane. Des gens ci et là ont posé un drap sur le sable pour pique niquer en savourant les braises du panorama qui s'étouffent doucement. Une musique Salsa portée par une soudaine bise de noroît arrive à pas feutrés traversant les volutes de sardines et merguez des braseros des villas du front de mer qui enlaceront les fringues sur les fils à linge. Sur le dernier banc caché par le tamaris un jeune couple se bouffe la gueule et des émanations ardentes se libèrent de leur corps. Il y a bien longtemps que je n'ai pas embrassé  Isa comme cela. Peut-être devrais je le refaire mais je ne crois pas car le désir des premiers émois est trop pur et éphémère, pas encore usé par le temps qui creuse les rides puis j'aurais l'impression de passer pour un gros débile. En remontant ma rue pour rentrer dans mes pénates, des notes de piano s'échappent de chez madame Blanc, la dame aux chats. D'habitude elle aime vagabonder sur des sonates ou des préludes et qu'elle ne fut pas ma surprise d'entendre les accords d' «Imagine» fracasser les façades pour entrer dans mes oreilles comme une pièce dans un jukebox. Si seulement les gens pouvaient comprendre cette chanson comme je la ressens. Les volets de René sont clos et ma fille trépigne sur la terrasse. En la voyant dans une tenue terriblement sexy et en revoyant le couple sur le banc, un énorme frisson surfe le long de mon échine car le reflet de l'innocence est plus dur à supporter sur nos proches.

«As-tu entendu le piano.. c'était «Imagine» de John Lennon.

-Connais pas..Encore un de tes chanteurs du siècle dernier... ce n'est pas tout, je dois retrouver mes copines. Tu n'aurais pas 10 balles  s'il te plaît?»

La cruauté saine de son propos me montre de plein fouet ce temps qui passe. J'accepte pleinement cette réalité même si parfois c'est dur à avaler. Alors je lui tends un billet de 10 € qu'elle empoigne sans état d'âme mais avant de partir, elle retire un de ses écouteurs en me montrant une vidéo de youtube sur son smartphone.

«-Cool ton chanteur!!

-Tu rentres à minuit et pas minuit une lui répondis je...en souriant. »

Ps: Ce billet ayant été écrit avant les attentats de Barcelone, la chanson « imagine » se doit de résonner encore plus fort dans le coeur de chacun de nous pour crier haut et fort que la vie et la liberté sont plus fort que l'obscurantisme, la religion et la haine.

 

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