bonnes vacances

Une fois n'est pas coutume je vais vous livrer une partie de ma vie qui entre de plein cœur avec la situation écologique catastrophique du bassin d'Arcachon. Dans la fin des années 80 je faisais du « business » de bijoux et fringues à Ubud avec Kutut sur l'île de Bali. ( Juste pour passer l'hiver au chaud) Kutut est originaire d'une petite île dans la mer de Florès ou sa famille pratique la pêche. Après que mon container fût chargé, il m'invita chez lui pour finir mon séjour. Mon avion partant dans quinze jours j'y suis resté plus de deux mois. Je ne m'étendrai pas sur le cadre paradisiaque du lieu mais sachez quand même que devant la cabane familiale deux fosses marines occupaient le lagon portant le doux nom de «Manta point». Tout autour des îles et archipels il y avait«shark point» et «Turttle point». Ce n'était pas des spots pour touristes mais des sentinelles pour les pêcheurs. Il suffisait de suivre la chaîne de la biodiversité pour trouver l'endroit ou poser ses filets. Tous les deux ou trois jours les raies Manta venaient se nourrir de plancton dans la grande fosse et je dois vous avouer que nager avec elles reste un de mes plus beaux souvenirs. Trente années plus tard, Kutut est retourné sur son île pour subvenir aux besoins de sa famille car la concurrence à Bali était devenue trop féroce avec le développement du tourisme de masse. L'automne dernier je suis retourné le voir sur son île. Outre le choc émotionnel de nos retrouvailles que le temps laisse sur nos visages, que les couleurs turquoises de la mer soient toujours présentes c'est la progression de la blancheur des coraux qui a attiré mon attention comme la noirceur du pétrole des cuves de l'Amoco cadix sur les côtes bretonnes ou un rejet d'une station d'épuration en d'autres latitudes. Kutut avait repris le bateau de son père avec ses deux grands fils devant aller de plus en plus loin pour espérer un retour avec du poisson dans la cale. Dans la grande fosse les raies ne passent qu'épisodiquement, de temps en temps même rarement comme il dit. Alors des touristes venus en speed boat squattent le fond à attendre la promesse de leur venue mais hélas pour satisfaire la déconvenue ils donnent du pain aux poissons clown et multicolores qui peuplent désormais ce nouvel habitat afin qu'ils puissent repartir les yeux remplis de cette féerie. Sauf que les raies Manta n'aiment pas ces nouveaux locataires, que la chaîne de la biodiversité est cassée, que le poisson est ailleurs et que Kutut a raison de s'inquiéter. Je suis allé nager dans la petite fosse et j'y ai vu une vieille tortue qui mangeait des éponges. C'est toujours aussi beau mais un pincement au cœur gâchait mon plaisir. Kutut milite pour que son archipel soit sanctuarisé comme les îles Palaos un peu plus au nord dans la mer des Philippines. Ces îles font parti des plus beaux spots de plongée et de snorkeling au monde mais le tourisme de masse, les pêches intensives ou sauvages pour les ailerons de requins détruisaient à feu doux tout l'écosystème et l'économie locale. Le gouverneur exigea à l'ONU, la sanctuarisation  de ses îles et obtint gain de cause. Aujourd'hui, le tourisme est quantifié, organisé par rapport au temps de reproduction de la biodiversité permettant aux pêcheurs locaux de rester sur leur territoire. Les bateaux philippins,vietnamiens et chinois qui enfreignent les lois sont systématiquement brûlés et coulés. Ainsi les requins vivants rapportent beaucoup plus à l'économie locale que des ailerons dans une soupe chinoise.

Alors au fil de mes errances quand je revenais sur mon beau bassin d'Arcachon et que je voyais sa dégradation dans l'indifférence totale je me sentais étrangement seul. Maintenant les propos de Kutut prennent toute leur importance et continuent de hanter ma tête comme une rengaine. Nous sommes de plus en plus nombreux à constater l'évidence de l'urgence sauf les élus et barons qui continuent aveuglément leur quête vers le profit donnant des lettres de noblesse au tourisme de masse et à l'urbanisation au nom du développement durable. Nous ne devons plus rester silencieux. C'est pour ces raisons entre autres que je justifie mon point de vue sur la sanctuarisation du banc d'Arguin. Ce n'est pas pour emmerder qui que se soit c'est juste pour dire qu'il est urgent d'agir pour la sauvegarde du bassin d'Arcachon en Général. Après Scaph Pro qui chaque année dénonce la régression des zostères dans les grands chenaux, après les thèses d'universitaires et rapports alarmants des organismes d'état, la CESER (conseil économique social et environnemental régional d'Aquitaine) vient de publier un rapport édifiant sur la qualité des eaux d'Aquitaine jugeant la situation du bassin d'Arcachon préoccupante et urgente appelant les élus et décideurs de mener des politiques plus préventives que curatives. Heureusement que la dépêche du bassin est encore là une nouvelle fois pour dénoncer ce que je viens de vous dire car le quotidien Sud ouest ne veut surtout pas égratigner les décideurs qui alimentent leur fond de commerce. Lisez quand même ce rapport avant de partir bronzer, bonnes vacances à tous mais n'oubliez pas qu'il est urgent d'agir, de le crier haut et fort dans les oreilles de vos édiles et même de botter le cul de certains.

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