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Si il y a eu beaucoup trop de bougies (hélas utiles) pour honorer les innocents face à la barbarie, ce blog en rajoute une de plus pour célébrer ses 6 années d'existence. Si aujourd’hui il est modestement ancré dans le paysage virtuel, il m'apporte toute la matière nécessaire pour écrire des billets sur le temps qui passe  grâce aux échanges avec les lecteurs et les abonnés. Je reste persuadé que d’offrir un autre regard permet d'ouvrir le débat afin que les contradictions puissent  affiner la réflexion. Comme dit si bien la belle Arundhati Roy « On ne fera pas un monde différent avec des gens indifférents. »  Si nous voulons transmettre il faut agir. Nous sommes tous capable de mettre une pierre à l'édifice pour une juste cause. Il y a six ans, qui aurait cru que les trois hectares de la forêt du Coulin à Andernos les bains allaient être sauvés du bétonnage programmé par le maire de l'époque et combien d'autres espaces verts ont été sauvés partout autour du bassin d'Arcachon par les lanceurs d'alertes, les sentinelles et les associations citoyennes juste en démontrant les illégalités des oligarques qui assurent leur puissance avec l'argent du contribuable. Combien d'élus courent après le cumul du mandat pour n'être qu'un béni oui oui du seigneur du coin ?  Effectivement quand on ouvre trop les yeux et que l'on gratte un peu, l'écoeurement n'est pas bien loin et qu' il est difficile pour certains de maintenir les paupières ouvertes. Le bassin d'Arcachon meurt à feu doux, rongé par la pollution, le lobbying, le bétonnage et la surpopulation. La situation est grave mais pas désespérée si on refuse de baisser les yeux et la tête. Je propose des mots pour combattre les maux, ce n'est pas grand chose mais c'est mieux que rien.

 

 

 

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Dernier souffle sur une légende

 

Dans des soirées il m'est toujours délicat de répondre à quelle est mon idole en musique. Même si mes goûts sont très éclectiques, que suivant les personnes je peux trouver celle qui correspond le mieux à l'assemblée, la plus part du temps je préfère garder mon secret.

Au noël de mes11 ans mes parents m'offraient un magnétophone (ce qui était un luxe à l'époque) et deux cassettes. Joe Dassin et Pierre Perret. Je n'avais aucune culture musicale préférant le foot et mes copains mais la musique qui sortait de la chambre de mon grand frère me suscitait une énorme curiosité. Suite à mon arrivée tardive dans le foyer familial, il avait aménagé le garage en une antre psychédélique au grand dam de mon père. Des posters géants de Jimi Hendrix, des rolling stones, pink floyd, led zeppelin, Janis Joplin placardaient le moindre mètre carré au milieu d'odeur de patchouli et d'herbes . Un énorme ampli Pionner crachait ses watts dans de grosses enceintes que les galettes vinyles lâchaient sur  la platine. Je profitais de ses absences pour enfiler la prise jack et mettre le casque sur mes oreilles pour que les doors et consorts puissent momentanément remplacer l'ennui en ouvrant mon imagination qui avec les deux ou trois magazines Playboy planqués sous le lit suffisaient amplement à mon bonheur. Si notre différence d'age nous empêchait de communiquer plus intimement, que mon père faisait tout son possible pour que je prenne une autre voie j'arrivais quand même à voir du respect et de la fraternité dans le regard de mon frère et cela me suffisait.  Joe Dassin avec son « été indien » fut cantonné à être l 'alibi idéal de mes premiers émois lors des quart d'heure de slows dans les boums et Pierre Perret fut vite oublié.

Il est évident que toutes les premières fois sont déterminantes dans la constructions de notre être et que les souvenirs, les sensations et les sentiments qui en surgissent naviguent en nous tout au long de notre vie. Dans ma seizième années il m'amena à mon premier concert à Bordeaux. Je n'avais aucune idée de ce qui m'attendait. J'étais simplement heureux d'être avec lui, avec ses potes et de quitter la maison. Dans une salle totalement enfumée ou la bière circulait de main en main, trois bonhommes déglingués déboulèrent sur la scène en branchant les rampes d'amplis. Un grand gaillard cheveux long portant une énorme guitare basse cria dans le micro :

« -We are Motörhead and we play rock and roll »

Pendant plus d'une heure et demie la sono envoya la puissance de ses décibels directement à mon cerveau aussi fort que des radiations atomiques pour ne quitter mes oreilles que trois jours plus tard. L'énergie que le groupe dégageait ressemblait à des aller retour de gifles reçues à vitesse grand V et pourtant à ma grande surprise, je me sentais terriblement bien.

Vingt ans plus tard à Paris, c'était toujours aussi bon. Le personnage Lemmy me fascinait complètement car malgré ses frasques, il donnait toujours le meilleur de lui même, d'une générosité sans faille, une authenticité qui me correspondait entièrement.

Si aujourd'hui, Motörhead n'est plus ma tasse de thé, il suffit parfois de m'envoyer deux ou trois rasades dans les écoutilles pour que le sourire revienne sur mes lèvres. J'ai l'impression de retrouver mes 16 ans. (au grand dam de ma femme)

Lemmy Kilmister est mort le 28 décembre 2015 à 70 ans emportant avec lui le rock and roll . Merci au quotidien Libération qui a osé en faire sa une.

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