Depuis un bon moment déjà, la polémique sur le banc d'Arguin ne cesse de s'amplifier. Premier constat, si nous en sommes arrivés là c'est que nous l'avons bien voulu. Pour satisfaire la plaisance et le tourisme nos élus ont bien fermés les yeux tout en ouvrant le tiroir caisse et aujourd'hui c'est devenu le grand n'importe quoi. Ce n'est que deux mois dans l'année, certes, mais c'est l'anti thèse de ce que peut être l'esprit bassin d'Arcachon et c'est surtout un non respect de la définition de « réserve naturelle ». Je doute que les immenses pneumatiques de 300cv remplis de passagers sans gilets de sauvetage, verre à la main et que les bruyant scooters des mers ont conscience qu'ils sont sur un écrin sauvage d'une beauté époustouflante.

Même si je vais passer pour un vieux con tant pis, il y a trente ans on allait sur le banc comme un pèlerinage. A son approche on réduisait la vitesse pour glisser en silence jusqu'à l'accostage nous permettant de décharger les serviettes et la glacière avant de repousser le bateau à l'ancre. D'autres embarcations prenaient place doucement en respectant la quiétude des voisins. On pouvait ainsi se laisser envoûter par la masse de la dune, marcher le long de la conche de sable blanc pour chasser la suie de nos maux puis piquer une tête dans une eau fraîche et cristalline avant de repartir sur les couleurs changeantes des méandres de la dune que le soleil couchant offrait en guise d'un au revoir. Aujourd'hui, on va à Arguin comme on va chercher une pizza au coin de sa rue, on prend des selfies avec la dune en arrière plan que l'on s'empresse d'envoyer à tous nos amis puis on rentre en vitesse pour aller siroter un cocktail en terrasse.

Changement d'époque, changement de mœurs ? Oui, mais le banc d'Arguin reste malgré tout un endroit fragile que l'on se doit de préserver pour qu'il puisse encore nous procurer la même émotion de liberté qu'une voûte céleste en plein milieu du désert. Le laxisme français sur la réglementation des parcs nationaux ou réserves naturelles est affligeant. Nous aurions bien des leçons à prendre dans certains pays. C'est pour cela que je suis pour durcir les interdictions car les interdictions sont les conséquences de la connerie humaine. Scooters des mers, strictement interdit. Il y a d'autres endroits pour aller faire joujou. Le kite surf idem. Les oiseaux étaient là avant nous pourquoi les emmerder. C'est comme si tu faisais la sieste sur ton transat et que tous les jours à la même heure des péquenots passent dans la rue en jouant de la trompette.( je n'ai rien contre les kite surfeurs) Un accès payant strictement réglementé avec un quota journalier et un forfait limité pour le mouillage de nuit avec une embarcation adaptée ( En face à la Coorniche, ils payent bien plusieurs centaines d'euros la nuitée, alors en bas pour 50 euros, c'est presque donné). Des amendes bastons (Style 1500 euros comme en Nouvelle Zélande) pour les récalcitrants et prise d'un pourcentage sur les tickets des bateliers. Cet argent pourrait servir à lutter pour la sauvegarde et la préservation du bassin d'Arcachon.

Il faudra dire aussi  à Olivier Laban que ses amis se doivent  de nettoyer leur merde de ferraille qui traînent avant de poser pour la photo. Les associations de plaisanciers qui s'insurgent des futurs décrets annoncés prouvent que l'égoïsme de leur propre plaisir est l'aboutissement de ce triste constat. Comme pour les élus, ils ont fermés les yeux tant que l'on ne les faisait pas chier. Ils payaient donc ils pensaient qu'ils avaient tous les droits et quand l'urgence a hissé le drapeau rouge, d'un seul homme ils ont dit :

«  Ah ça... ce n'est pas nous ».

Par contre ceux qui depuis des années tirent la sonnette d'alarme, qui contre vents et marées essayent d'alerter l'opinion publique ont du faire face des années durant aux chuchotements intempestifs du style :

« Si tu ne la mets pas en sourdine tu finiras au fond du bassin avec un bloc de béton aux pieds »

En aparthé , je ne pense pas que le black retrouvé enfoncé dans la vase à La Teste se préoccupait de la sauvegarde du bassin d'Arcachon.

Pour info, en 1985 il y avait 10000 personnes par an qui se rendaient au banc d 'Arguin. Aujourd'hui, nous en sommes à plus de 250 000.