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Si mon grand-père était encore de ce monde, il irait surement distribuer des grands coups de pieds au cul en criant « DIOU BIBAN »  Paix à son âme.

Je n’avais pas trop d’idée pour faire un billet. Je bullais tranquillement l’air du temps. J’avais commencé un texte sur la mise en faillite de la marque Kodak mais je ramais pour pondre les mots. Quand l’article du journal Sud-ouest réveillait en moi la bête qui sommeille.

http://www.sudouest.fr/2012/01/23/diatribe-contre-les-ecolos-612728-662.php

La riposte de ce canard ne s’est pas faite attendre. Après avoir courroucé Foulon le seigneur arcachonnais avec l’article des bannis du marché, il fallait coûte que coûte rectifier le tir en sortant l’artillerie lourde qui calmerait le bon prince. Chose faîte avec l’article ci-joint. Avec l’appui d’un comité partisan, on diabolise l’ennemi en le montrant du doigt pour que l’opinion publique découvre enfin les infâmes terroristes qui freinent les projets de l’oligarchie du bassin d’Arcachon. Des écolos foutent le bordel.

Je ne suis pas écolo, mais j’essaye de faire attention. Je ne suis pas bio car je pense que les lobbys ont enfumés les puristes pour réenclencher leur pompe à fric, mais j’aimerais l’être. Je suis un citoyen qui depuis déjà un bon moment, vous rabâche que le bassin d’Arcachon se porte mal et de plus en plus mal. Je pense que personne pourra me contredire.  Je suis aussi un plaisancier et un pêcheur. Malheureusement il est urgent d’agir et de créer un parc marin. Quand on arrive à créer ce genre de projet c’est que l’environnement est dans un état grave et ce n’est surement pas l’écologie qui en est responsable. Il est donc logique que les associations écologistes et citoyennes se préoccupent de ce problème et mettent toute leur énergie pour trouver des solutions.

Alors quand je vois et lis que les accros à la coque ( UNAN 33 navigateurs de plaisance, les sports nautiques FFM, les industriels du nautisme UPNA, les professionnels du nautisme UPNBA, les associations de pêcheurs et plaisanciers et les adeptes du motonautisme) se sont réunis pour fustiger les écologistes en défendant ceux qui promettent que les bonnes âmes pourront vaquer en toute tranquillité à leur loisir nautique préféré pour leur épanouissement personnel. Ces gens là me font vomir. Ils ont peur de ne plus pouvoir partir avec leurs potes pour une partie de pêche ou ils pourront se pochetronner tranquille en refaisant le monde pour ne pas se retrouver seul à jouer au scrabble avec mémère. Les professionnels ont peur de ne plus pouvoir facturer les mises à l’eau et  400 euros pour passer un anti fouling inutile chaque année. Le Quadra ne pourra plus sentir dans son dos la ferme poitrine de la gamine de son ami qui s’accroche à lui quand il fait vroum vroum avec son jet ski.  Mais regardez vous donc. Combien d’entre vous ralentisse à l’approche d’une petite embarcation? Il n’y a plus de respect. C’est chacun pour soi. Le plus gros bateau, le plus vite et basta. Vous reprochez l’égoïsme des écolos mais vous êtes incapable de voir le votre. Accroc à la coque, vous êtes comme un toxicomane qui reprocherait à un paysan colombien de vouloir produire du Café pour remplacer ses plantations de coca. Mais piteusement vous vous couchez devant votre dealer. Je vous hais. DIOU BIBAN.

 

 

 

 

DAC KODAK

En regardant des photos jaunies dans une boite à chaussure, Pierrot a le cœur rempli de nostalgie. Les traces de son enfance et de son adolescence tiennent dans cette boîte. Les premiers clichés en noir et blanc sur papier glacé sont extrêmement bien conservées en ayant la fraîcheur du temps qui passe. Pour ses douze ans, son père lui offrit un Instamatic Kodak avec les gros cube qui faisaient office de flash.

-Prends en soin fils, dac o dac ?

-Dac o dac Pa.

 Pas de réglage, il fallait juste appuyer sur le bouton et amener la cassette chez le photographe pour attendre patiemment l’arriver des 12 clichés. Pierrot aimait prendre la nature et faire des portraits de sa mère quand elle n’avait pas le visage tuméfié. Il arrivait parfois à obtenir un sourire mais elle n’aimait pas être prise en photo. Un soir de Novembre, son père cuvait son vin sur la table de la cuisine. Il était inerte, saoul comme un cochon. Un filet de bave glissait lentement se sa bouche pour finir sur la nappe tout en pissant dans son froc. Pierrot prit son Kodak, enfonça un cube, visa un plan serré de la table puis appuya sur le bouton. La lumière du flash réveilla son père le faisant basculer de sa chaise. Il se releva péniblement en titubant, attrapa l’instamatic pour l’écraser sous son pied puis défaisait son ceinturon pour punir l’auteur de ce méfait. Sa mère voulant intervenir recevait un coup de poing qui fit éclater une arcade. Pour noël, son père lui offrait un Polaroïd. C’était chouette. Plus de pellicule et la photo sortait de suite.

-Prends en soin fils, dac o dac ?

 -Dac o dac Pa.

Tout au fond de la boite à chaussure , il ne reste qu’une seule photo du Polaroïd. Pierrot la regarde longuement, la repose et referme la boite à chaussure.

Janvier 2012, la firme Kodak est en faillite.

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