J'ai retrouvé cette photo et une question s'est imposée à ma conscience. Que sont devenus ces gens? J'aimerais bien le savoir. Voici cette histoire. Nous sommes au printemps 2000 dans le bois du broustic à côté de la médiathèque:

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Nous avons eu la chance d'accueillir dans notre belle ville, deux VIP de la plus haute importance. Sûrement que la plus part d'entre nous sommes passés à leur côté sans rien remarquer et pourtant la rencontre valait son pesant d'or. Il y avait près des abords de la médiathèque, au pied d'un pin centenaire fraîchement tombé, un couple d’octogénaires qui observait le temps qui passe. Ils avaient établis un campement primaire pour faire étape dans notre ville. C'était les derniers vrais nomades, dans le sens le plus noble du terme. Une carriole bâchée sommairement d'une toile en plastique, un vieux réchaud à gaz, des gros sacs à provision en gage de valise, un bidon pour la niche du chien, une corde pour attacher l'âne. C'était vraiment une vision surréaliste. De nos jours où le conformisme, le matérialisme sont roi, ces gens faisaient abstraction à ces valeurs. J'étais complètement intrigué et fasciné par ce que je voyais. Il fallait que je rencontre absolument ces personnes et quand je me suis approché d'elles, j'ai ressenti un drôle d’impression. Un vieil homme assis sur une chaise m'interrogeait du regard et ses yeux vitreux mais vifs sondaient mon comportement. Il avait un chapeau feutre usé, un visage buriné aux mille histoires et son nom était Jean- Batiste. A ses pieds traînait une chopine de vin rouge qu'il me tendait pour pouvoir fraterniser. Mais avant que je ne boive, il me précisa bien qu'il n'était pas un alcoolique mais qu'il aimait l'ivresse pour ouvrir l'esprit. Je voulais en savoir plus sur lui et peu à peu, la confiance s'est établie d'elle-même. C'était un fabuleux conteur qui avec une parole parfois hésitante mais des mots clairs et précis vous entraînait de plein fouet dans son monde à lui. Il était né à Marseille avec des origines slaves et avait vécu une enfance difficile. Pas vraiment bandit mais rebelle, il avait fait les quatre cent coups à chercher sa route côtoyant même la religion. Prisonnier en Allemagne pendant la guerre, à son retour il rencontre Bernadette, son âme sœur. Ils ne se quitteront plus et après avoir été rémouleur à la capitale, ils décidèrent de prendre la route sûrement poussée par les récits d’Alexandra David Néel que Bernadette aime bien citer. Parents de Jack Kerouac, ils arpentèrent pendant un demi siècle, toutes les routes d'Europe, de France et de Navarre avec une passion envers l'autre toujours intacte. Les rencontres opportunes forgèrent leur culture et ils furent les témoins privilégiés de l'évolution de la société. Sans télévision, sans radio ils sont pourtant présents de l'information uniquement par le récit des gens et leur lucidité permet de décerner une juste réalité des évènements en jugeant le pour et le contre. Ils ne demandent pas l'aumône car la pension de Jean Batiste suffit largement à leur besoin. Ils sont juste en transit dans une ville en suivant le fil des saisons supportant la rudesse d'un hiver, les canicules et les tempêtes avec la même indifférence. En demandant ou ils étaient pour la dernière tempête de décembre, Bernadette avec un sourire me répondait: " Nous étions à Nay près de Pau. Tout autour de nous volait, les arbres tombaient mais notre toit a résisté. Nous avions le manteau de Dieu."

Après une longue discussion, il fallait mettre un terme à cette fabuleuse rencontre. Amadeus, leur brave âne hennissa bruyamment, le chien vint chercher sa dernière caresse, Jean batiste me récita un verset du Coran (de la v sourate) et après un dernier regard Bernadette me disait: « La vérité n'existe pas » 

Bon vent à vous brave gens ....